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Rencontre avec
Benoît Izard,

architecte en mouvement


Benoit Izard, Scanning, 2000

Architecte, danseur, chorégraphe, dramaturge, Benoît Izard dévoile ici son approche à la fois plurielle et originale du corps, où mouvement, sensation et inscription dans l'espace sont étroitement mêlés et constamment (re)mis en question.

Ton parcours, depuis une dizaine d'années, est particulièrement riche. Compte tenu de cette diversité, comment te présentes-tu ?

Maintenant, je me présente comme un architecte qui travaille dans le spectacle. Je ne me présente plus comme danseur parce que j'ai remarqué que ça me paralysais beaucoup, à un niveau professionnel. 

- En tant que danseur et chorégraphe, tu es particulièrement concerné par la question du corps. Comment le considères-tu dans ta propre démarche artistique, par rapport aux questionnements actuels du monde de la danse ? 

J'évolue dans le monde de la danse contemporaine, essentiellement française, parfois européenne. C'est un milieu finalement très intellectuel, dont la production s'apparente à une mise en mouvement de principes artistiques, intellectuels, c'est-à-dire à une mise en mouvement d'arts plastiques. C'est Jérôme Bel, c'est Xavier Leroy, c'est des gens comme ça. Je me trouve en décalage par rapport à eux, même si je travaille avec eux, dans le sens où je suis beaucoup plus intéressé par l'expression de la personne, quelle que soit cette expression. Et ça n'implique pas forcément un mouvement scientifique ou très technique, mais plus une liberté d'expression qui va communiquer au public, à travers également la mobilisation d'autres éléments comme la musique et la lumière. 

- Au delà de l'interprétation, dans ton travail de scénographe, de dramaturge, et finalement de concepteur de spectacles vivants, comment abordes-tu la relation entre le(s) corps et l'espace dans lequel il(s) évolue(nt), s'exprime(nt) ? 

Je pense qu'il y a évidemment un dialogue entre les corps qui sont sur scène et un dialogue entre la scène et le public. Pour ce qui est des question de positionnement, de gestion spatiale et temporelle, en général j'aime jouer de contrastes. Au niveau de la relation entre les danseurs, c'est assez coupé, et c'est comme ça aussi que je perçois mon environnement urbain. En caricaturant un peu, il me semble qu'il y a comme un écran qui segmente les choses. 

C'est un peu ce que j'ai mis en scène dans Scanning . Dans ce spectacle, présenté comme une série de scènes, c'est la simplicité qui domine au niveau temporel. Les scènes ont à peu près toutes la même durée, mais chacune se passe dans un coin différent du plateau. Tout cela se joue dans le noir, pour créer une impression de boite magique. A chaque scène correspond un lieu dessiné par la lumière, de façon géométrique. En fait, je me déplace très peu sur scène. Pour chaque scène je vais dans un lieu, qui est éclairé. Et quand la lumière s'éteint, je m'en vais. Il n'y a pas de phénomène de transition, de passage d'un élément à un autre. Tout est très instantané, comme si on cliquait sur Internet et finalement, l'architecture - ou la chorégraphie - est presque niée. Ce que le spectateur va ressentir, c'est exclusivement l'expression du personnage. Mais évidemment cette découpe tellement simple mais aussi assez précise, est une architecture en soi. 

- Justement en ce qui concerne l'architecture, dans quelle mesure ta réflexion et ton expérience de danseur influencent-elles ou sont-elles venues enrichir ta conception de ton travail d'architecte ?

En fait, j'ai commencé à danser plus ou moins quand j'ai commencé à préparer mon diplôme d'architecte. Des tas de questions se sont alors posées. Et le fait de vouloir avoir une pratique physique à ce moment là n'est certainement pas innocent non plus… 
Il y a évidemment dans mon travail l'influence d'une certaine sensibilité corporelle. Pas forcément d'une sensibilité de mouvement, de chorégraphie, mais tout simplement d'ouverture à l'espace, de sensation tactile, de plaisir de déplacement… A l'heure actuelle, l'influence de la danse en architecture ne se manifeste pas chez moi par une écriture chorégraphique, mais peut-être plus par une certaine sensation d'ouverture. Et puis je conçois de plus en plus aussi l'architecture comme un habit de fête, et là c'est peut-être du à l'influence, plus que de la danse, de tout l'apparat qui l'entoure. 

- Dans tes projets d'architecte, comment te situes-tu par rapport aux problématiques de recherche du bien-être, de provocation de perte des repères, de mise en scène des corps, d'organisation des espaces et des flux ?

Quand je conçois une habitation, c'est évidemment le bien-être que je vais rechercher, dans toutes ses déclinaisons possibles. Mais rechercher le bien-être veut dire " inviter ", à la détente, etc., mais aussi " stimuler ". 
Pour un projet de réhabilitation de théâtre, ce n'est pas du tout le confort que je vais mettre en avant. Il faut bien sûr que ça soit confortable, mais ce qui est indispensable, c'est que ça soit stimulant, que soit procurée une expérience nouvelle. Et par conséquent, que ce soit quelque chose d'enrichissant pour l'ensemble de la soirée. Et puis, puisqu'on est dans un lieu public, l'impression de vivre, de ressentir quelque chose d'exceptionnel fait aussi que les gens en parlent et donc que ça marche financièrement. 

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