Chen Jiagang
La Troisième Ligne
jusqu'au 8 descembre 2009
Galerie Paris Beijing
54 rue Vertbois – 75003 Paris
Quasiment inconnu en France il y a peu, Chen Jiagang, l'étoile montante de la photographie chinoise attire aujourd’hui
toutes les attentions, sans doute en raison du choix de son propos : les villes qui jadis formèrent la
« Third Line ».
Il n'est pas rare, à un vernissage de galerie photo, de pouvoir rencontrer l'auteur en personne, sauf si celui-ci vit à Pékin.
Il n'est pas rare non plus de pouvoir à cette occasion, surtout quand on se réclame d'@xé libre - le webzine qui vibre dans la
main, pas dans la poche– de s'entretenir avec l'artiste, sauf si celui-ci parle exclusivement mandarin.
Ce qui ne devait être qu'un simple compte rendu en page 4, par un concours de circonstances imprévisible, nous a permis
d'avoir, entre petit four et image du jour, un court entretien avec le maître lui-même.
Comment allez vous ?
Bien, et vous ?
Je dois dire que je suis très impressionné et admiratif de votre travail. Travaillez vous en numérique ou en
argentique ?
Non, j'utilise des films grand format. Pour des photos comme celle-ci par exemple, j'utilise des films de 12x20 pouces
(feuille que l'on utilise dans les chambres noires, le résultat est un négatif dit par contact de très grande dimension
autorisant des tirages géants)
Combien de temps avez vous travaillé sur ce projet ?
Environ 5 ou 6 ans.
Vous faites vos tirages vous même ou bien quelqu'un les tire pour vous ?
Personne, je fais tout par moi même, sauf le tirage que je fais faire par un labo spécialisé.
Ça doit vous prendre du temps ?
Bien sûr !
Avez-vous entendu parler du film « A l'ouest des rails » de Wang Bing ?
Oui, j'ai connais: tie xi qu
Votre travail me fait penser à ce film, où le personnage central est l'industrie elle-même.
C'est vrai, à la différence que les endroits montrés dans ce film sont des lieux civils, la Troisième Ligne
que l'on voit dans mes photos sont des lieux militaires.
Et bien merci...
De rien.
« Au cours des années 60, lorsque les relations sino-russe se dégradèrent, Mao décida de déplacer la plupart des
énormes complexes industriels et militaires originellement implantés sur les côtes et dans les provinces du Nord-Est
vers les zones plus enclavées et montagneuses du Sichuan, afin de les rendre inaccessibles à l’éventuel agresseur.
Des millions de travailleurs suivirent ces usines, les villes dortoirs surgissaient en une nuit et ce fut l’un des
plus grand déplacement de population du 20 ème siècle. En quelques années ce qu’on appela alors “ La Troisième Ligne “
devint le fleuron de l’industrie de la République Populaire et le symbole de l’unité nationale.
A peine une décennie plus tard, lorsque Deng Xiaoping décida de l’entrée de la Chine dans l’économie de marché, ces
usines perdirent peu a peu de leur productivité et furent progressivement fermées et abandonnée...
Chen Jiagang, ancien architecte, directeur de musée et originaire de la “Troisième Ligne” en a naturellement fait
le sujet de son premier grand travail photographique. Il met au service de sa photographie une connaissance innée de l’espace
et des formes, capturant avec une parfaite maîtrise le gigantisme de ces paysages industriels désertés.
Présentées dans des formats monumentaux qu’il obtient en utilisant des chambres noires, ses somptueuses images nous livrent,
non sans nostalgie, l’histoire de ces villes qui furent un temps l’incarnation de l’idéal socialiste, la gloire d’une nation
et qui ne sont plus aujourd’hui que de vastes cimetières industriels sans fin. »
(Extrait de la présentation presse)
Propos recueillis par Yan Pradeau
(traduit du chinois par Ke Danlin)