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Fabrice Hyber,
PETROLE
La pensée en image
A la galerie Jérôme de
Noirmont,
jusqu'au 10 mars 2006 |
Fabrice Hyber présente à la galerie Jérôme de
Noirmont une série de tableaux, sous le titre de Pétrole, qui dévoile
une facette encore peu connue d'une œuvre en perpétuelle mutation,
questionnant constamment la définition de l'art et sa relation à la
société
Il y a une certaine fascination contemporaine pour le brouillon, la
marge, le fragment, comme si l'œuvre devait trouvait son explication en
dehors d'elle-même. Sans doute la tentation de saisir l'art à sa source
dans une intimité fantasmée avec l'artiste. Si bien qu'on pourrait se
passer de l'œuvre elle-même pour n'en retenir que les traces de sa
genèse, le projet qui a présidé à sa naissance. Deux livres de ces
dernières années font écho à cette tendance, un recueil de 72 projets
d'artiste1, qui n'ont jamais vu le jour et Œuvres d'Edouard Levé2, qui
est constitué uniquement de la description de projets non réalisés.
La série de tableaux que Fabrice Hyber présente à la galerie Jérôme de
Noirmont, pourrait être rattachée à cette tendance. Sauf que la place
que jouent la peinture et le dessin dans son œuvre se révèle beaucoup
plus ambiguë ; à la fois source de sa pratique artistique, lieu de
réflexion pour des projets à venir (dans sa peinture homéopathique n°23,
présentée ici, le tableau se fait la cartographie d'un processus de
création), mais aussi et surtout, œuvre à part entière, ayant recours à
des techniques plastiques variées. Collage, écriture, peinture et dessin
se mélange sur la toile. Ces tableaux ne sont finalement pas en amont du
travail de Fabrice Hyber mais en son cœur ou plutôt tout son travail
consiste à annuler cette distinction entre le centre et la périphérie,
l'amont et l'aval et à faire feu de tout bois. Marqué par cette notion
de Deleuze du rhizome, il ne conçoit pas ses œuvres comme des identités
distinctes fermées sur elles-mêmes ou prises dans une généalogie
univoque. Elles ne cessent plutôt de s'influencer les unes les autres.
Elles sont connectées entre elles selon des chemins multiples, quel que
soit le médium emprunté.
Mais plus important encore, elles doivent pouvoir être connectées,
au-delà d'elles-mêmes, avec d'autres registres de langage, d'autres
pratiques sociales et culturelles. Comme c'était déjà le cas
précédemment avec les POF (Prototype d'Objet en Fonctionnement) qui ont
fortement contribué à la célébrité de l'artiste (notamment un ballon
carré, un escalier sans fin, fait de quelques marches qui basculent sur
elles-mêmes, empêchant toute ascension ou une balançoire dont l'assise
est affublée de deux protubérances en forme de godemiché) et qui ne sont
pas prévus pour être exposé de façon inerte mais destinés à être testés
et à initier de nouveaux comportements.
Avec cette exposition nommée Pétrole, le travail de Fabrice Hyber
rencontre ici de manière plus directe le politique mais pour autant il
ne se fait jamais moralisateur et continue même de réserver une place à
l'humour. Si les dangers écologiques sont évoqués dans ces toiles,
Fabrice Hyber n'oublie pas que le pétrole constitue aussi une source
essentielle d'énergie et s'attache aussi aux qualités plastiques de
cette matière aussi multiforme que l'est, de manière profonde, son
propre travail.
Vincent Hubert
[1] 72 (projets pour ne plus
y penser), ouvrage collectif, coédition diffusé par les presses du réel,
2004.
[2]
Œuvres, Edouard Levé, P.O.L, 2002.
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L'exposition :
PETROLE, par Fabrice Hyber. Jusqu'au 10 mars 2006 à la
galerie Jérôme de Noirmont, 36-38 Avenue Matignon, Paris 8e
En savoir plus :
Le site de la galerie
www.denoirmont.com
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