Maleonn
Le royaume des illusions
jusqu'au 30 janvier 2010
Galerie Paris Beijing
54 rue Vertbois – 75003 Paris
Maleonn de son vrai nom Maliang, diplômé en arts appliqués de l’université de Shanghaï, est un photographe qui met
en scène dans ces clichés le monde de son enfance, un monde étrange de mélancolie surréaliste où le facteur joue le
passe-muraille, où Superman et Supergirl se tiennent par la main comme deux collégiens et où le petit porteur
de drapeaux arbore le sourire grinçant d'un maquillage de clown.
Un personnage singulier doté d'un nom qui ne l'est pas moins : Maliang, jeune héros de conte de fée qui muni d'un pinceau
magique à le pouvoir de transformer le monde au gré de ses fantaisies. L'artiste cultive et représente un univers fantasmagorique
ancré profondément dans les mythes et les héros de l'empire du milieu : l'emphase des opéras chinois, le petit clown censeur dans
son costume vert de la révolution culturelle, les stratèges des Trois royaumes, les hutong, ces étroites ruelles au
cœur de l'œuvre de Lao She...
On pourrait évoquer le facteur Cheval pour introduire l'art iconoclaste de Maleonn. Le long travail de préparation suivi
de séances retouches de la couleur, à la main ou sous photoshop, font aussi penser à l'œuvre de Sandy Skoglund pour l'aspect
photographie-mise-en-scène, le foisonnement de Pierre & Gilles, mais aussi Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet pour les couleurs
surannées.
Maleonn maîtrise avec talent les codes graphiques ; le langage visuel et scénique du cinéma est ici mis à contribution,
donnant à ses photographies un air faussement naïf, exprimant une Chine à la rencontre entre deux forces telluriques contraires :
la construction à pas de géant d'un avenir moderne et le poids d'une histoire 5 fois millénaire.
Rencontre avec l'artiste au vernissage de son exposition à la galerie Paris-Beijing.
Bonjour Maleonn, pouvez vous, en quelques mots, vous présentez vous et votre travail ?
Je suis né en 1972 à Shanghai, où je vis toujours. Mon travail principal est la photographie, mais je réalise aussi des
installation et je peins. J'ai travaillé avant comme réalisateur vidéo, sur des publicités, des clips. J'ai passé 10 ans en
Corée du Sud et ensuite, j'ai commencé une carrière professionnelle comme artiste.
Shanghai est le personnage principal de votre travail, me trompe-je ?
Oui, Shanghai est ma ville natale, alors, j'y ai beaucoup de souvenirs et donc presque tout mes travaux prennent place
dans cette ville.
Pouvez vous nous parler de la série The postman (le postier) ?
Son métier est d'apporter les lettres aux gens, lettres d'amour, de séparation, des secrets que lui ne peut connaître,
il ne peut ouvrir les lettres. Il est juste le messager qui ne connaît pas le message. Je pense que ce travail est vraiment
romantique. Le personnage que je représente est le postier traditionnel, pas celui avec l'uniforme moderne.
J'ai fait ces photos dans une vieille partie de Shanghai, beaucoup de vieilles maisons et de petites ruelles. Mais maintenant
en Chine, il y a beaucoup de changement, beaucoup de ces vieilles maisons, de ces vieux quartiers sont détruits et disparaissent,
j'en garde une mémoire.
Êtes vous nostalgique ?
Ça c'est ma nostalgie, les lieux où j'ai fait ces photos sont des lieux d'enfance, partout j'y ai joué.
Quels photographes vous ont-ils impressionnés ?
Je ne pense pas être un photographe professionnel, mon travail se concentre sur le cinéma et la peinture, mais un photographe
que j'admire beaucoup est Jan Saudek.
On peut voir dans vos photos tous le travail que vous effectuez après, retouche sous Photoshop ou à la main, mais quel est
le travail de préparation ?
La prise de vue est toujours la plus facile pour moi, le plus difficile c'est la préparation. Je fais un plan, je prépare les
accessoires, les vêtements, je suis attentifs à tout les détails.
Ça ressemble au travail que l'on peut faire sur un plateau de cinéma ?
Oui, je travaille comme sur un plateau, c'est la seule façon que je connais. C'est la voie la plus facile pour moi. Je passe
beaucoup de temps en préparation, la prise de vue est très simple, je ne fais qu'enregistrer, attraper la lumière.
Propos recueillis par Yan Pradeau