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Nicole Tran Ba Vang

Nicole Tran Ba Vang
Collection Hiver 99
Courtesy Tran Ba Vang

Nicole Tran Ba Vang utilise le langage visuel de la mode pour générer une réflexion sur le statut du corps dans nos sociétés. Cette question du corps et de son devenir est l’un des thèmes centraux de l’art contemporain.

Les photographies de Nicole Tran Ba Vang sont présentées à la Maison européenne de la Photographie, à l’occasion du Prix Arcimboldo ( Fondation d’entreprise associant Hewlett Packard et Gens d’Images, qui récompense chaque année un créateur d’images numériques) qui lui fut décerné cette année.
La question du corps chez Nicole Tran Ba Vang
Nicole Tran Ba Vang appartient d’abord au milieu de la mode : styliste depuis 1987, elle n’a de cesse de suivre les défilés et la presse qui s’en fait l’écho. Ses photographies présentent des corps de top-modèles à la plastique parfaite, comme c’est le cas sur les podiums. Elle a titré ses dernières expositions « Collection Printemps–été » et « Collection Printemps-Hiver », et pose dans ses œuvres le problème du vêtement comme reflet de la mode, soulignant l’importance du paraître dans nos sociétés. Elle le dit elle-même : « Etre ou ne paraître. Mon travail se définit par ce jeu de mots ».
Nicole Tran Ba Vang réfléchit d’abord sur le vêtement et le corps dans leur fonction sociale, en particulier tel qu’il est présenté dans les médias : un corps paradoxal, à la fois dénudé et revêtu d’une seconde peau faisant office de vêtement.
Un corps parfait comme l’exigent les représentations médiatiques, mais un corps torturé, affublé d’épingles à nourrice ou de fermetures éclair qui évoquent un aspect clinique, voire la chirurgie esthétique. Ces photographies extrêmement lisses, très esthétiques, font pourtant référence à l’expérience subjective du corps, celle d’un corps qu’il faut exhiber mais aussi cacher pudiquement, même sous une seconde peau, et que l’on est prêt à faire souffrir (en serrant un corset autour de son buste par exemple) pour mieux le faire disparaître. Nicole Tran Ba Vang interroge le corps en créant un malaise chez le spectateur.
Ces corps vêtus-dénudés font aussi allusion à l’érotisme, au corps sexué : il y a surtout celui de la femme et ses sous-vêtements (un soutient-gorge, des bas, un corset, le cliché érotique des talons aiguilles…). Mais il y a aussi celui de l’homme, dont le torse affublé de poils évoque la part animale. Ces images ne peuvent pas ne pas évoquer certaines publicités de grands couturiers, ou des magazines de mode.
Les photographies techniquement parfaites de Nicole Tran Ba Vang sèment le trouble dans notre esprit, en ce sens qu’au-delà du rôle social du corps, elle interroge la notion même d’altérité : le corps serait une frontière entre moi et l’autre, il serait un écran. Mais cet écran semble transparent sous ces vêtements faits de peau…
Le dialogue entre art et mode
Ce va-et-vient entre art et mode, qu’illustre parfaitement l’œuvre de Nicole Tran Ba Vang, est un phénomène important aujourd’hui.
Il y a tout d’abord les artistes qui illustrent des publicités pour des marques de vêtements comme Jean-Pierre Khazem, ceux qui font des photos de mode pour des magazines, comme Ines Van Lamsweerde ou Mario Testino.
Et les magazines faisant appel à de grands photographes pour illustrer la mode se multiplient : il y a The Face, Dutch, Wallpaper, Dazed and Confused, i-D, et en France, nous avons Purple, Self Service ou Crash. On les trouve également dans  la presse purement féminine, avec surtout Numéro et Jalouse…
Ce dialogue qui peut sembler inquiétant au yeux de certains critiques d’art a pourtant le mérite de faire connaître au public certains photographes qui seraient auparavant restés totalement anonymes derrière les publicités des magazines.
Enfin, ce phénomène n’est que le reflet d’un mouvement plus large au sein de l’art contemporain ; celui d’une volonté de la part des artistes d’utiliser de nouveaux modes d’expression, extérieurs au domaine de l’art. Et c’est le cas de Nicole Tran Ba Vang.
Le corps mutant
La question du corps est aussi un thème largement traité par les artistes contemporains, sur le mode d’un corps qui serait transformé par les évolutions techniques comme la chirurgie esthétique, les greffes, le clonage. Le corps devient mutant (du titre d’une exposition qui présentait entre autres Nicole Tran Ba Vang à la galerie Enrico Navarra), « posthumain », monstrueux et inquiétant.
C’est un des problèmes que pose Nicole Tran Ba Vang en nous montrant le corps tel qu’il sera peut-être à l’avenir ; un corps à prothèses issu des technologies de l’image numérique, totalement désincarné. Les capacités virtuelles de notre époque mettent en scène ce corps dématérialisé, comme Lara Croft et les autres, et les artistes s’en font naturellement l’écho.  On pense également à Matthew Barney ou encore Orlan, cette dernière ayant elle aussi reçu le Prix Arcimboldo il y a deux ans…
Florence Cheval
Septembre 2001

Maison européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy - 75004 Paris
Tél: 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11h à 20h

Du 12 au 30 septembre 2001
Programme détaillé : www.art-outsiders.com/

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