Les
photographies de Nicole Tran Ba Vang sont présentées à la Maison européenne
de la Photographie, à l’occasion du Prix Arcimboldo ( Fondation
d’entreprise associant Hewlett Packard et Gens d’Images, qui récompense
chaque année un créateur d’images numériques) qui lui fut décerné
cette année.
La
question du corps chez Nicole Tran Ba Vang
Nicole
Tran Ba Vang appartient d’abord au milieu de la mode : styliste
depuis 1987, elle n’a de cesse de suivre les défilés et la presse qui
s’en fait l’écho. Ses photographies présentent des corps de top-modèles
à la plastique parfaite, comme c’est le cas sur les podiums. Elle a
titré ses dernières expositions « Collection Printemps–été »
et « Collection Printemps-Hiver », et pose dans ses œuvres le
problème du vêtement comme reflet de la mode, soulignant l’importance
du paraître dans nos sociétés. Elle le dit elle-même : « Etre
ou ne paraître. Mon travail se définit par ce jeu de mots ».
Nicole
Tran Ba Vang réfléchit d’abord sur le vêtement et le corps dans leur
fonction sociale, en particulier tel qu’il est présenté dans les médias :
un corps paradoxal, à la fois dénudé et revêtu d’une seconde peau
faisant office de vêtement.
Un
corps parfait comme l’exigent les représentations médiatiques, mais un
corps torturé, affublé d’épingles à nourrice ou de fermetures éclair
qui évoquent un aspect clinique, voire la chirurgie esthétique. Ces
photographies extrêmement lisses, très esthétiques, font pourtant référence
à l’expérience subjective du corps, celle d’un corps qu’il faut
exhiber mais aussi cacher pudiquement, même sous une seconde peau, et que
l’on est prêt à faire souffrir (en serrant un corset autour de son
buste par exemple) pour mieux le faire disparaître. Nicole Tran Ba Vang
interroge le corps en créant un malaise chez le spectateur.
Ces
corps vêtus-dénudés font aussi allusion à l’érotisme, au corps sexué :
il y a surtout celui de la femme et ses sous-vêtements (un
soutient-gorge, des bas, un corset, le cliché érotique des talons
aiguilles…). Mais il y a aussi celui de l’homme, dont le torse affublé
de poils évoque la part animale. Ces images ne peuvent pas ne pas évoquer
certaines publicités de grands couturiers, ou des magazines de mode.
Les
photographies techniquement parfaites de Nicole Tran Ba Vang sèment le
trouble dans notre esprit, en ce sens qu’au-delà du rôle social du
corps, elle interroge la notion même d’altérité : le corps
serait une frontière entre moi et l’autre, il serait un écran. Mais
cet écran semble transparent sous ces vêtements faits de peau…
Le
dialogue entre art et mode
Ce
va-et-vient entre art et mode, qu’illustre parfaitement l’œuvre de
Nicole Tran Ba Vang, est un phénomène important aujourd’hui.
Il
y a tout d’abord les artistes qui illustrent des publicités pour des
marques de vêtements comme Jean-Pierre Khazem, ceux qui font des photos
de mode pour des magazines, comme Ines Van Lamsweerde ou Mario Testino.
Et
les magazines faisant appel à de grands photographes pour illustrer la
mode se multiplient : il y a The Face, Dutch, Wallpaper, Dazed and
Confused, i-D, et en France, nous avons Purple, Self Service ou Crash. On
les trouve également dans la presse purement féminine, avec surtout Numéro et
Jalouse…
Ce
dialogue qui peut sembler inquiétant au yeux de certains critiques
d’art a pourtant le mérite de faire connaître au public certains
photographes qui seraient auparavant restés totalement anonymes derrière
les publicités des magazines.
Enfin,
ce phénomène n’est que le reflet d’un mouvement plus large au sein
de l’art contemporain ; celui d’une volonté de la part des
artistes d’utiliser de nouveaux modes d’expression, extérieurs au
domaine de l’art. Et c’est le cas de Nicole Tran Ba Vang.
Le
corps mutant
La
question du corps est aussi un thème largement traité par les artistes
contemporains, sur le mode d’un corps qui serait transformé par les évolutions
techniques comme la chirurgie esthétique, les greffes, le clonage. Le
corps devient mutant (du titre d’une exposition qui présentait entre
autres Nicole Tran Ba Vang à la galerie Enrico Navarra), « posthumain »,
monstrueux et inquiétant.
C’est
un des problèmes que pose Nicole Tran Ba Vang en nous montrant le corps
tel qu’il sera peut-être à l’avenir ; un corps à prothèses
issu des technologies de l’image numérique, totalement désincarné.
Les capacités virtuelles de notre époque mettent en scène ce corps dématérialisé,
comme Lara Croft et les autres, et les artistes s’en font naturellement
l’écho. On pense également
à Matthew Barney ou encore Orlan, cette dernière ayant elle aussi reçu
le Prix Arcimboldo il y a deux ans…
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