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Au-delà des territoires; nouvelle trajectoire pour un voyage au « Bord des Mondes »

Par-delà les frontières, au Palais de Tokyo, bienvenue dans une autre dimension. Embarquement dans l’univers improbable et déroutant d’esprits contemporains affranchis. Plongée pour une immersion artistique captivante .

« Peut-on faire des œuvres qui ne soient pas d’art? »

A partir de quand, une œuvre peut-elle revêtir le statut d’œuvre d’art ? A l’initiative de cette remise en question des codes de création artistique ; l’incontournable avant-gardiste Marcel Duchamp, investigateur incongru des hors-champs, initiateur du ready-made.

Jerry Gretzinger, Jerry's map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Jerry Gretzinger, Jerry’s map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

Dès 1913, un nouveau regard se pose sur l’objet d’art, une toute autre vision, qui permettra d’étendre le domaine des possibles à l’inventivité cocasse. L’objet traditionnel d’art, devient un objet transitionnel, qui voyage, entre les disciplines, arbore leurs limites et devient à la fois énigmatique, déconcertant, intriguant, voire subjuguant.

L’exposition, le Bord des mondes, conduite avec brio, par sa commissaire Rebecca Lamarche Vadel, s’inscrit, incontestablement dans cette ligne de pensée. Elle tend à repousser les limites artistiques posées par les pratiques et techniques académiques. Elle invite à l’exploration de mondes interstitiels aux confins de la création, en présentant le travail de vingt-deux artistes. Chacun d’eux, explore le territoire des possibles artistiques, au-delà des limites conformistes, plongeant le spectateur dans un savant mélange entre recherches et inventions prodigieusement visionnaires et créatives.

L’aventure proposée, brise les codes, joue avec les limites que notre conscience a de l’objet d’art, nous transporte au-delà des notions d’art institutionnalisées, au-delà des classifications, des critères et définitions.

Ici, les mondes cohabitent et communiquent par le prisme de l’art. Ici, tout se lie et se relie, de la création scientifique, à l’expérience du vide, de la météorologie, aux mathématiques existentielles, en passant par le magnétisme, et même la robotique.

Ici, Tout tend vers l’art, expression sensible de la vision du monde. Il s’agit pour le spectateur de vivre, une invitation à une ballade de sa conscience dans des territoires imaginaires, tout aussi divers que variés.

Cette exposition, est un hymne à l’abolition des frontières, des clivages entre univers. Un chevauchement habile et subtil entre différentes disciplines, où la poésie artistique résonne, comme la musicalité des sculptures de crayons de Takis.

Arrêt sur images, expérimentations du spectateur, effets garantis:

Vous vous réconcilierez avec les mathématiques!

Laurent Derobert, Etre révé, 2011. Courtesy Laurent Derobert.  Vue l'exposition Le bord des mondes, Palais de Tokyo, 2015.
Laurent Derobert, Etre révé, 2011. Courtesy Laurent Derobert.
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo, 2015

Équations et sentiments font bon ménage, grâce à Laurent Derobert l’inventeur des «mathématiques existentielles ». La démarche est incontestablement originale. Elle mêle l’art, l’amour aux formules scientifiques.

Les recherches, de celui, qui, se considère comme un : «mathématicien impur », consistent, à utiliser le langage universel des mathématiques, pour exprimer, des pensées, traduire des sentiments et des émotions.

Il est, une révélation poétique, grâce à ses équations qui recèlent de vérités éternelles. Ainsi, vous trouverez, le périmètre des doutes, la force d’attraction de l’être rêvé, la vitesse de libération de l’être, sous l’expression de formules mathématiques. Laurent Derobert où l’art du symbolisme sentimental universel.

Vous serez ému grâce à un microscope optique!

Rose-Lynn Fisher, Possibillity/hope,  2008. Tirage argentique, 33x48cm. Courtesy Rose-Lynn Fisher et Craig Krull Gallery, Los Angeles.  Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo, 2015
Rose-Lynn Fisher, Possibillity/hope, 2008. Tirage argentique, 33x48cm. Courtesy Rose-Lynn Fisher et Craig Krull Gallery, Los Angeles.
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo, 2015

Rose-Lynn Fisher, spécialiste en microphotographie, révèle par une série de clichés, le détail des terrains émotionnels impalpables, en capturant ses larmes ou celles de ses proches. Le rendu, de cette aventure au cœur de nos manifestations physiques émotionnelles, est saisissant. Il y a une infinie délicatesse, dans cette démarche à la fois scientifique et artistique, au travers de ces « vues aériennes des terrains émotionnels. » Analyser et décortiquer une larme n’a jamais été aussi sublime.

Vous tenterez d’avoir une conversation avec un robot anthropomorphique !

Hiroshi Ishiguro, Kuka, Géminoïde. Courtesy Iroshi Hishiguro Laboratoires, Japon.  Vue l'exposition Le bord des mondes, Palais de Tokyo 2015
Hiroshi Ishiguro, Kuka, Géminoïde. Courtesy Iroshi Hishiguro Laboratoires, Japon.
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

En tous points semblables aux être humains; lèvres humides, rougeurs de la peau, yeux vifs, le robot Kouka du chercheur en intelligence artificielle et robotique, Hiroshi Ishiguro, vous fera palpiter d’inquiétude au premier abord, et vous étonnera incontestablement. Cette prouesse technique consiste à nous interroger sur l’existence de la nature humaine; qu’est ce qui fait de l’homme, un homme?

A l’heure où l’homme se déshumanise, il s’avère opportun de reconsidérer notre condition, en étant frappé par la présence d’un robot se mouvant face à nous, de la même manière que nous. Et voici, que cette rencontre improbable nous amène à penser: qu’est-ce qui désormais nous différencie ? Kouka vous chamboulera!

Vous aurez envie de rencontrer l’étrange créature de Théo Jansen, lors de votre prochaine ballade sur une plage!

Theo Jansen, Apodiacula, 2013. Courtesy de Theo Jansen. © ADAGP, Paris, 2015 Vue l'exposition Le bord des mondes, Palais de Tokyo 2015
Theo Jansen, Apodiacula, 2013. Courtesy de Theo Jansen. © ADAGP, Paris, 2015
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

Tout droit issue des souvenirs imaginaires de l’enfance, de Jansen, aux bords de la mer, cette créature artistique hybride, née de travaux sur les mécanismes d’évolution, vous surprendra.  Elle peut en effet, survivre de manière autonome.

Du fantasme à la réalité, il n’y a… qu’un tube. Ce chercheur a donné vie à des animaux en tubes de plastique se mouvant sur le sable. Les Strandbeests, incarnent la singularité d’une nouvelle espèce entre deux mondes; naturel et artificiel. Chacun de ces tubes de plastique, contient des pistons, qui constituent, quelque chose de similaire aux muscles. En injectant de l’air dans les muscles, ils gonflent et s’allongent, alors la créature se meut, dès plus gracieusement assurément comme vous pourrez le constater.

L’ « espèce » intermédiaire strandbeest, tend à suggérer une remise en question sur notre anthropocentrisme poussé, accru, extravagant et indécent.

Vous ne verrez plus les savonnettes de la même manière!

Jesse Krimes, Purgatory (1/292, détail), 2009. Page du "Federal Reporter" de la bibliothèque de droit des détenus, cartes à jouer collées avec de la mousse à raser et du dentifrice, morceaux de savon, portraits en transfert de journal. Courtesy de Jesse Krimes Vue l'exposition Le bord des mondes, Palais de Tokyo 2015
Jesse Krimes, Purgatory (1/292, détail), 2009. Page du « Federal Reporter » de la bibliothèque de droit des détenus, cartes à jouer collées avec de la mousse à raser et du dentifrice, morceaux de savon, portraits en transfert de journal. Courtesy de Jesse Krimes – Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

Réexister dans un monde duquel on a été écarté, par le prisme de jeux de cartes, de savonnettes et de journaux; c’est possible! Jesse Krimes, est un détenu américain; qui a inventé le moyen touchant de demeurer en contact avec le monde extérieur.

Pour ce faire, il a découpé des portraits d’inconnus dans les journaux, les a ensuite transférés sur des savonnettes dissimulées dans des jeux de cartes préparés à cet effet puis les a envoyés, par courrier au monde extérieur. Témoignage de résistance, d’existence entre deux mondes. Evasion symbolique poignante sur laquelle on s’attarde pour apprécier chacun des détails.

Vous partirez dans un voyage en terre inconnue grâce à des cartes redessinées!

Jerry Gretzinger, Jerry's map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Jerry Gretzinger, Jerry’s map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger – Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

L’aventure dans ce monde imaginaire, a débuté pour Jerry Gretzinger, en 1963.

 « J’ai commencé à dessiner un rectangle, et pour casser la monotonie, j’ai inséré, des rivières, des gares (…) et en arrivant au bord, je me suis demandé ce qu’il fallait faire… Prendre une autre feuille de papier et poursuivre le dessin de ce monde que je commençais à créer? »

Et voici comment est née cette cartographie aléatoire, d’un espace infini, métamorphosé au gré du hasard entre conscience et inconscience. Plus de 3200 dessins, couvrant 166 mètres carrés au sol, comportant plus de 16 millions d’habitants, répartis dans plus de 400 villes et villages, sont apparus dans la réalité de ce « c-Art-ographe » de génie.

De nos réalités urbaines, cartographiques, au bord d’un monde imaginaire, qui suggère la refonte des territoires, à des échelles plus humaines, pour faire coexister et fonctionner plus idéalement les communautés.

Jerry Gretzinger, Jerry's map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyoo 2015
Jerry Gretzinger, Jerry’s map, 1963-2014, peinture sur papier, dimension variable, Courtesy Jerry Gretzinger – Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyoo 2015

Se retrouver au milieu de ce monde fantastique, de villes, de couleurs et de courbes vous transportera. Navigation entre deux univers; idéaliste et réaliste via la cartographie.

Vous entendrez un crayon faire de la musique par magnétisme !

Vassilakis Takis, murs magnétiques et sculptures (inspiration période archaïque grecque et Giacometti). Courtesy de Vassilakis Takis, © ADAGP, Paris 2015 Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Vassilakis Takis, murs magnétiques et sculptures (inspiration période archaïque grecque et Giacometti). Courtesy de Vassilakis Takis, © ADAGP, Paris 2015 – Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

Attention: exploration intrigante des champs magnétiques !

Takis, où le mariage savant de l’art et de la science, fût, le premier à « envoyer un homme dans l’espace », six mois avant Youri Gagarine, lors d’une très célèbre performance. L’ensemble de ses inventions, témoigne d’une magie scientifique, normalement inconcevable. De part, ses expérimentations, Takis explore la liaison, entre la gravitation, l’attraction, la musicalité, et tente même de capter l’énergie cosmique.

Vassilakis Takis, Mur magnétique blanc, sculpture Télémagnétique. Courtesy de Vassilakis Takis, © ADAGP, Paris 2015
Vassilakis Takis, Mur magnétique blanc, sculpture Télémagnétique. Courtesy de Vassilakis Takis, © ADAGP, Paris 2015 – Vue l’exposition Le bord des Mondes , Palais de Tokyo, 2015

L’exposition, organisée par Alfred Pacquement, commissaire invité, présente une cinquantaine d’œuvres toutes aussi, spectaculaires, les unes que les autres.

Les « murs magnétiques », de l’artiste grec, témoignent de sa fascination pour; l’énergie, les ondes, les interactions entre les éléments, entre les aimants récepteurs et émetteurs.

Takis, dénote et se démarque, d’un très grand nombre d’artistes en faisant intervenir le spectateur dans son œuvre. Le public, devient actif et expérimente lui aussi le magnétisme. La découverte devient ludique, grâce à une démarche originale, qui éveille la curiosité. Ainsi vous risquez d’être déboussolé grâce à une boussole aimantée, ou vous serez même l’heureux participant d’un « festin magnétique »…

Vassilakis Takis, Mur magnétique jaune. Peinture acrylique sur toile, deux aimants, fils de cuivre et quatre cône métalliques peints. Courtesy de Vassilakis Takis et Alexandre Iolas,© ADAGP, Paris 2015 Vue l'exposition, Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Vassilakis Takis, Mur magnétique jaune. Peinture acrylique sur toile, deux aimants, fils de cuivre et quatre cône métalliques peints. Courtesy de Vassilakis Takis et Alexandre Iolas. © ADAGP, Paris 2015 – Vue l’exposition, Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

Fascination, non dissimulée, pour ses sculptures musicales produisant un son aléatoire et harmonieux. Comment? En installant, derrière un panneau de bois un électroaimant qui attire et repousse, une aiguille et un crayon, venant heurter une corde, ce qui produit une musicalité. Et voici, comment un simple objet, parvient à capter et transmettre des sons. Au bord des mondes; pour « capter la musique de l’au-delà ».

Vassilakis Takis, Sculptures musicales, bois peint, circuit électrique, électro-aimant, corde, aiguille, crayon.  Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Vassilakis Takis, Sculptures musicales, bois peint, circuit électrique, électro-aimant, corde, aiguille, crayon.
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

 

Vous ne regarderez plus les nuages de la même manière!

Carlos Espinosa, Atrapanieblas, attrape nuage, 1974, structure en métal, toiles de jute, environ 5m de hauteur, Courtesy Professeur Carlos Espinosa.  Vue l'exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015
Carlos Espinosa, Atrapanieblas, attrape nuage, 1974, structure en métal, toiles de jute, environ 5m de hauteur, Courtesy Professeur Carlos Espinosa.
Vue l’exposition Le bord des Mondes, Palais de Tokyo 2015

« Macrodiamante Atrapanieblas », mais que sa quo? Une sculpture attrape brume, attrape nuage, réalisée par Carlos Espinosa. Ce piège à brume développé dans les années 60, et breveté en 1963, fût offert, par le brillant physicien, en usage libre à l’UNESCO. Elles ont été disséminées dans le désert de l’Atacama au Chili, puis se sont propagées dans les régions les plus arides du monde. Cette superbe invention, permet de capter l’eau des nuages, contribuant ainsi au développement de la vie organique. Où comment la capture de la matière invisible et fugitive se transforme en art. L’art du vaporeux nous émerveille.

Le Bord des Mondes, est finalement, un dépassement du rationalisme, un décloisonnement de la pensée, qui amène le spectateur à revoir son jugement sur les disciplines mathématiques, scientifiques, expérimentales, à repenser continuellement la notion d’objet d’art, et, de manière plus poussée, à développer un questionnement fondamental, existentiel.

Au sortir du Palais de Tokyo, vous serez certainement convaincu par cette exposition; démonstration probante que tout est Art, que l’inventivité, l’originalité, sont partout, à condition, d’audace dans l’exploration des zones mystérieuses. Hors des sentiers battus, la liaison entre les mondes, au bord des mondes est possible.

A vous, donc, d’avoir l’audace de vous y aventurer ! L’art n’est pas une entité close, nos esprits non plus !


Informations pratiques

– Le Bord des Mondes exposition jusqu’au 17 Mai 2015

– Palais de Tokyo, 13 rue du Président Wilson, 75116 Paris  Ouverture de midi à minuit tous les jours sauf le mardi : http://www.palaisdetokyo.com/fr/informations-pratiques/acces-tarifs

Notre sélection coup de cœur Events du Palais de Tokyo:

– Les nuits Nova Mix Club du Point Perché, soirées rythmées et électrisées garanties! Rendez-vous les 17 avril et 15 mai

– DO DISTURB . En collaboration avec : le MOMA PS1, la TATE MODERN, le Matadero Madrid,  le CNAP, et le FRAC de Lorraine, le Palais de Tokyo, organise pendant trois jours et deux nuits , une exploration de tous les domaines de la performance

– Toutes les nuits sans relâche Rencontre Algèbre et confession des manques, au revers de l’Ellipse NIV1A. Laurent Derobert écoute les visiteurs et mathématise les manques qu’ils viennent lui confier

– Légers décalages, créations culinaires et bouleversement des codes de l’art de la cuisine. A table, ça promet d’être délicieux! Le 25 avril 16h-00h

– Graffiti ou l’exploration des marges du monde, le 13 mai à 19h au Point Perché

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