|
|
Imprimer
Agrandir
L'intrigue est simple et presque
banale : jeune trentenaire à la limite de la rupture avec sa femme
étreint une belle inconnue en Italie. L'évasion pousse la confession
du narrateur à un mentir-vrai. Une histoire se termine et une
autre commence. Ce roman est simplement captivant et se débobine
avec une certaine légèreté.
J'étais derrière toi
Nicolas Fargues
Editions P.O.L
2006, 347 p, ISBN 2846821313
|

|
|
|
|
|
|
Confession d'un jeune trentenaire désabusé et relativement
privilégié qui vit au gré des décalages de son désir, cette quête
d'une vie s'écoule et nous emporte loin des apparences et des
compromis du couple. Le tournant du narrateur déplie lentement et
sûrement l'insupportable atmosphère instaurée par une de ces
maladresses. Maladresse, le lancinant ronron voue souvent aux
gémonies le pacte de fidélité. L'agression du sentiment, parce qu'il
est floué et pervertie, se modifie en irréversible. L'histoire en
est pourtant simple et presque banale. Le narrateur ose dire à Alex,
sa femme, qu'il la quitte pour une danseuse. Vingt minutes plus
tard, il se ravise et ne la quitte plus. Le " Je " en vient à cette
mascarade intime dans les travers d'une relation idyllique
métamorphosée en enfer. Il est attitré fautif et mérite tous les
châtiments et!humiliations. Les enfants ne doivent pas en pâtir. La
chair en est blessée et accroupie, elle tente, malgré tout, de se
redresser. Le narrateur raconte cette lente scission de son couple à
de ses amis qui connaît aussi sa compagne. Les représailles ne
tarderont pas. La femme passera à l'acte et trompera allégrement son
mari dans un voyage seul dans une ville d'Extrême-Orient, quelque
part en Indonésie, Kuodong pour la narration.
L'imaginaire cinématographique du récit mixte L'Enfer de Chabrol et
Lost in Translation de Sofia Coppola. L'écriture de ce roman
s'inspire directement de cette vague cinématographique. On pense à
une forme de script dans ce mélange monologique de souvenirs et
d'histoire en flash-back sur ce qui s'est vraiment passé. Le point
de vue suit le narrateur. Mais le crépitement et le lent
déraillement des affaires intimes du couple pousse notre héros à
partir pour un week-end en Italie. Le récit débobine lentement
l'improbable et le hasard de quelques mots écrits sur un carton J'étais derrière toi. La scène se passe dans une trattoria et un
garçon lui transmet cette carte avec le numéro de téléphone d'une
inconnue qui avait été charmé par la présence. Le soleil
méditerranéen réchauffe et mue le passé en la légèreté d'une
rencontre rapprochée pour la précipiter dans l'étreinte d'un
renouveau. Alice est une étudiante en sociologie. La scène de
séparation captive la sensibilité à cran en une souplesse retrouvée
de douceur et de désir.
Cette fois-ci, les rôles se renversent et la brutalité de la femme
sur l'homme hésite dans la perte annoncée de l'autre moitié.
L'intimidation jouera encore jusqu'à ce que notre héros éclate et ne
supporte plus le pourrissement déjà mûr de leur rapport. Même s'il
se rétracte pour tenter de sauver le couple, la relation avec l'ange
italien reprendra et rien ne pourra plus empêcher de laisser courir
les paysages derrière les vitres d'une voiture louée pour retrouver
l'idylle italienne. La grande force de ce livre c'est que nous
sommes presque tenus de le dévorer d'un coup, et il est difficile de
s'en arracher tant ce roman parle vrai. Nicolas Fargues a réussi ce
tour de présenter de la littérature accessible. Il nous ballade dans
les discours et images communes pour nous donner une texture de
vécu. Le roman se joue de la fiction pour ces effets de réel.
Ce livre ne se sacrifie pas pour autant à la légèreté, mais nous
conduit plutôt à lâcher la culpabilité pour la sentir. Il est en ce
sens emblématique de la génération héritière de l'amour libre qui ne
sait plus comment allier les règles et le souci de soi. Le roman en
est presque trop beau. La fiction fonctionne dans cette sorte de
breuvage du mentir-vrai.
|
Né en 1972, Nicolas Fargues a déjà
écrit 4 romans aux Editions P.O.L. : Le Tour du Propriétaire
(2000), Demain si vous voulez bien (2001), One Man Show
(2002), Rade terminus (2004). J'étais derrière toi (2006)
est son cinquième roman . Il vit à Madagascar. |
|
|
|
|
Inscription à la NewsLetter
|
|
|