Depuis, qu’il existe comme système, le capitalisme, aurait toujours connus des crises. Si la propagation de ses fluctuations a pris
de plus de plus d’amplitude, c’est que nous sommes passé, en moins d’une génération, d’un environnement de petites et moyennes productions
industrielles à un contexte fortement concurrentiel, mondialisé… et spéculatif.
T
el semble être l’explication, en raccourci, de cette ‘crise’
actuelle qui voit apparaitre des notions singulières comme le ‘bon’ capitalisme, industriel, paternaliste - ou réglementé - vs un ‘mauvais’,
financier et spéculatif. Soit…
Mais, au fond, sommes-nous bien sûr d’entendre la ma même chose en
parlant de crise, de
capitalisme, de mondialisation
ou, tout simplement, d’entreprise ?
Ecrit 3 ans avant l’éclatement de la bulle financière / immobilière, la
lecture – ou relecture – de l’ouvrage de Lucien Pfeiffer offre, outre
son aspect rétrospectivement prophétique (cette crise y est clairement
annoncée, expliquée et démontrée), la possibilité de revisiter le sens
de chacun de ces mots.
Si
Lucien Pfeiffer, inventeur, entre autre, du
crédit bail, a été président
de banque, il a surtout été chef d’entreprise. C’est sans doute pour
cela, que dés son préambule, il nous fait remarquer que cette notion d’entreprise,
une des plus anciennes institutions de l’humanité, n’existe pas en droit
français. Ce qui est défini, ce sont ses incarnations juridiques, les
multiples formes de sociétés de capitaux, qu’ils soient privés ou
publics. Il n’existe pas, à ce jour, d’autres logiques : les résultats
vont aux détenteurs du capital et le travail, dans les prix de revient.
Aussi, il n’est pas inintéressant de s’arrêter un instant sur cet angle
de vue.
Pour
qu’il y ait ‘entreprise’, nous dit Lucien Pfeiffer, il faut qu’un groupe
de personnes répondent identiquement et précisément à ces 4 questions :
- Que va-t-on faire ensemble ?
- Avec qui ? Qui en fait partie ?
- Qui fait quoi ? Qui commande ?
- Comment se partagera-t-on les résultats.
Pour
nos lointains ancêtres les choses étaient généralement simples. On
s’associait dans une entreprise de courte durée. Le temps d’une chasse,
d’une pèche. Mais rapidement, il a fallut plus de temps et de moyens
pour réaliser des constructions ou des expéditions. De là sont nés,
successivement, le prêt sur gage
(de la simple hypothèque à la
contrainte par corps : « Je te prête, mais si tu ne me rends pas en
temps et en heure, je te prends… »). Puis l’usure…
Et finalement, au XIIe ou XIIIe siècle, apparut ce qui allait devenir le
capitalisme en changeant la nature de la relation entre prêteur et
entrepreneur avec la subordination de dernier au premier : « Je
te prête. Tu peux me perdre mon avoir, mais pour diminuer mon risque de
perdre, je veux que me soit attribué tout ou partie des gains ».
Cette manière de couvrir le risque économique fut une novation majeure
permettant nombres d’entreprises
qui allaient changer notre manière de percevoir le monde (Marco Polo,
Christophe Colomb,…).
De
ces ‘grosses aventures’, succéda la ‘charte-partie’ ou
l’institutionnalisation par le contrat des ‘apporteurs en industrie’
utilisé dans le cadre des premiers échanges commerciaux maritimes : le
préteur prend qualité d’associé. Ainsi, il obtient le droit de
participer aux décisions fondamentales de l’entreprise.
Puis
vint le temps des entreprises minières, manufacturières ou commerçantes,
certes moins prestigieuses que les précédentes, mais plus sécurisantes.
En peu de temps, cette évolution transféra le pouvoir à ceux qui
risquaient qu’une partie de leur avoir. Cette période d’association du
capital et du travail permit l’apparition des sociétés en nom
collectifs.
Avec
l’aventure industrielle moderne, vint la commandite puis la société
anonyme par actions : le risque est limité, contrairement aux formes
précédentes, à la perte de la ‘mise’ des actionnaires. C’est cette
limitation du risque, progrès notable, qui permit le développement de ce
qu’on appellera dorénavant le
Capitalisme. Mais cette dilution du capital et sa séparation au
travail eut deux conséquences concomitantes :
- le développement de l’ère des managers, d’une part,
- la transformation des capitalistes en épargnants, d’autre part.
La
mutation ne s’arrêta bien évidement pas. Mais à partir de là, l’auteur
nous propose plusieurs constats qu’il serait trop long de résumer ici.
Je n’en retiendrais que ceux-ci :
- Le communisme, présenté un
temps, comme un éventuel challenger, n’a jamais proposé d’alternative au
capitalisme. Au-delà de l’idéologie, en pratique, il s’agit d’un
transfert du capital (et donc du pouvoir) à l’appareil d’état.
- La
confusion faite (quelque soit sa sensibilité politique) entre
étatisation et
nationalisation (association trouble du capital à la notion de
pouvoir). L’auteur, au centre des discutions lors des ‘nationalisations’
de 1981-82, en brosse un portrait des plus croustillant.
- Le
capitalisme fonctionne sous n’importe quelle forme de régime. Il est
indépendant de la notion de
libéralisme (et inversement). Même, s’il a prouvé qu’il prend mieux
son essor avec.
- Enfin, to
last but not the least, l’insertion des valeurs comptables (le
capital à l’actif, alors
qu’initialement il s’agit d’une d’un prêt, donc d’une dette – le
travail, aux charges donc au
passif).
De
ces constatations, après nombres d’analyses édifiantes rédigés dans un
langage simple – exception
faire, peut-être de la partie sur les agrégats et flux monétaires qui
nécessite sans doute quelques pré requis - l’auteur nous propose
quelques pistes qui auraient pu nous éviter cette dernière crise – c’est
raté - ou au moins mieux en sortir.
Parmi celles-ci, celle qui est certainement la plus intéressante : il ne
propose pas une ‘refonte du capitalisme’ ou, encore moins, à son
remplacement, mais la possibilité d’une alternative complémentaire : une
nouvelle forme d’entreprise, où l’humain reprend sa place au
centre, avec la ré-inversion des valeurs actifs/passifs: la
société de partenaire.
A lire de toute urgence !
Patrick Herrmann
10 avril 2009