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BURNING HEADS 

L'INTERVIEW

Autour du micro : Thomas (batterie), Pierre (chant), 
Fonfon (guitare) et Jb (basse).

Petit retour sur la formule : « punk et reggae c’est comme Rivoire et Carret pour les pâtes ! » et donc petit cours de cuisine pour un reggae al dente ?

Thomas – C’est notre vision des choses, pour expliquer que oui, les Burning Heads aiment le reggae, que oui, les premiers disques que l’on a acheté, c’était du punk-rock et du reggae… C’est des trucs qui marquent. Et puis, le reggae, c’est une musique que l’on écoute toujours énormément, c’est un projet que l’on avait depuis super longtemps… Et on a essayé de trouver le bon moment pour le faire, quand on se sentait super à l’aise, mûrs et décidés…
Mais comme on est des vener’, c’est absolument al’ dente parce que de toute façon, c’est enregistré par des Blancs qui, d’habitude, jouent du punk rock…

Il a fallu se freiner un peu… pour ne pas jouer trop vite ?

Thomas – Non ! Tous les morceaux ont été enregistrés à fond la caisse, même si le tempo change. Y’a moins de caisse claire mais toujours autant de Charley… C’était super rapide, tout à 180 ! Même des fois, on se dit qu’on les a peut-être enregistrés un peu trop rapides… Donc, on ne s’est pas retenus ! Quand la distorsion partait, on ne l’arrêtait pas… On n’a absolument pas changé les réglages de la batterie ou des amplis, on a juste joué en son clair. Cela donne donc une vision du reggae par les Burning Heads.

Fonfon – Moi qui ai vu ça de l’extérieur, puisque je ne jouais pas encore dans le groupe, je peux te dire que c’était du bidouillage plus qu’autre chose ! Exemple : « Spanic », un morceau pour lequel Pierre a trouvé les paroles le matin et qui était en boîte le soir même !

Pierre – Y’a pas le mur de guitares habituel… Le tempo reste rapide, mais les coups de caisse claire sont beaucoup plus espacés, donc chaque instrument a beaucoup plus de place pour s’exprimer. C’est particulièrement vrai pour la voix. Alors il faut vraiment la poser juste. C’est plus facile avec du punk-rock, parce que justement, tu as ce gros mur de guitares pour masquer la voix et te cacher derrière. 

Les thèmes sont peut-être plus larges que sur des grosses guitares, est-ce qu’il est plus facile de parler jardinage sur du reggae que sur du rock ?

Thomas – Non, on a déjà parlé de substances prohibées sur des tempos speed : « Make piece of cake », par exemple. Là, on en parle un peu parce que ce sont aussi des histoires qui nous sont arrivées… Mais la majorité des paroles pourrait aussi s’appliquer sur de la musique violente. 

Fonfon – Il y a, c’est vrai, un ou deux clins d’œil sur l’aspect « pétard » du reggae dans l’album : la reprise de John Holt, « Police in helicopter », par exemple, ou « Handcuffed » qui parle d’une expérience personnelle… Mais les autres ne parlent pas que des valeurs rastas et jamaïcaines du reggae, ça reste des textes des Burning, tout simplement ! Pierre le dit tout le temps, tous auraient pu être joués différemment, sans changer le sens de ce qu’ils disent.

Combien de temps pour arriver à ce résultat ?

Thomas – Quinze bons jours de bidouillage… de bon bidouillage. Mais bon, sachant que le reggae est un terrain suffisamment large pour toutes les expériences, quinze jours, ce n’est de toute façon jamais assez, mais c’est quand même suffisant pour l’expérience que l’on voulait tenter.

Pierre – Souvent, des amis se pointaient avec un effet, une disto, un cuivre, un didjeridoo ou des percussions, on faisait des essais… Quand cela se passe comme cela, de manière non contrôlée, quand tout le monde apporte sa pierre à l’édifice, je trouve ça plaisant, y’a une grande souplesse.

Fonfon – L’autre truc aussi, c’est qu’en ayant enregistré cet album très rapidement, vous n’avez pas eu le temps de réfléchir à ce que vous faisiez… Tout a été fait dans l’urgence et c’est pour cela que le final ressemble aux Burning, tout simplement.

Retour côté cuisine… On a toujours des restes avec les pâtes… Qu’est-ce qu’il restera de tout cela ?

Thomas – On va avoir une palette musicale beaucoup plus large… Et surtout un stock de morceaux pour équilibrer les concerts, avec des moments plus souples après l’action ! Comme on sent très bien l’approche punk dans ce disque de reggae, peut-être que dans les prochains morceaux punk, on retrouvera un reste de cet esprit reggae... Mais c’est trop tôt pour le dire, parce qu’on vient juste d’avaler et de digérer cet album…

Fonfon – On exploitera de toute façon ce truc-là pour des soirées que l’on va organiser. Pendant la tournée, c’est mélangé avec du punk, donc il faut trier les morceaux, certains pourraient sembler trop chelous au milieu des speed. Mais y’a vraiment des choses magnifiques sur ce disque, des ambiances qu’on a envie de recréer sur scène. On les jouera donc autrement. On va préparer un set dub et on ira se balader avec d’autres gens, des DJ, des lives d’électro… Et il y aura sûrement des choses à garder pour la suite, peut-être juste une notion de l’espace que l’on avait pas…

Pierre - On va donc essayer de monter ces soirées, avec des DJ, des machines et de la vidéo. Avec des gens qui filment et mixent les images en direct. Notamment les membres de la cellule OO38753K, ils ont fait la pochette de l’album et un petit film dessus.

En fait, c’est parti de la proposition d’un organisateur de soirées jungle, dub, électro sur Orléans et Bourges. La version punk-rock des Burning ne l’intéressait pas trop, par contre nos bricolages lui plaisaient. Il nous a proposé de faire quelque chose dans ce goût-là… On s’est pris au jeu, d’autant plus qu’on avait les derniers morceaux sous le coude pour les jouer trois quarts d’heure au début d’une soirée comme ça… Et c’était plutôt cool, donc on a envie de retenter l’expérience.

Certains vont hurler au loup !

Pierre - Ouais, je comprends ceux qui affirment leur identité en disant « je suis punk-rock et rien d’autre », mais nous, on est des musiciens et on aime écouter d’autres trucs, aller à d’autres soirées pour apprendre et restituer…

Thomas – De toute façon, on ne se cache pas pour dire qu’on est aussi DJ, qu’on aime bien la drum’n’bass, que Pierre bidouille dans son coin et sort des disques sur le label « Infrabass », qu’on a beaucoup d’amis dans le milieu des free parties… Donc, le public des Burning est habitué à un changement d’ambiances dans une soirée, ou à un mariage entre deux choses qui, au premier abord, ne plairaient pas aux mêmes personnes.

Regarde High Tone, la façon dont ils font leur dub ! Ils le font comme des punks, y’a des concerts où c’est vraiment sauvage, urbain… Une vraie performance physique et là, la Jamaïque est très, très loin.

Fonfon – De toute façon, les gens ne se regroupent plus par « église ». On rencontre beaucoup plus de jeunes de 20 ans qui écoute du trip-hop et du death metal ! Maintenant, on a davantage accès à la culture musicale qu’il y a 20 ans.
Je trouve normal que quelqu’un qui se retrouve dans les textes des Burning se retrouve également dans du dub. Si les gens adhèrent à notre vision des choses, c’est normal qu’ils adhèrent à tout ce qui nous est proche. On y trouve les mêmes ingrédients.
Je suis très content de voir ça, je milite dans ce sens-là depuis longtemps.
Regarde à l’époque de nos parents, les jeunes devaient sérieusement prendre leur destin en main pour s’affirmer ! Mais maintenant que la rébellion adolescente a été expliquée sous toutes ses formes par Françoise Dolto, on est censé comprendre qu’un jeune a besoin de se lâcher de temps en temps…

Thomas - C’est donc plus facile d’être jeune… Mais c’est aussi plus facile de l’être un peu plus longtemps !

                                                        ______________________

 

La soirée qui suit cet entretien illustre parfaitement le propos des 4 musiciens. Trois groupes sur scène. Métissage des genres et des musiques. Les Hollandais de NRA démarre par un set joué à fond les gamelles. Puis les Burning Heads qui, sans ralentir le tempo, intègrent parfaitement leurs nouveaux morceaux à leurs « classiques ». Un bon dosage, qui montre une large palette du savoir-faire du groupe et de son évolution. Enfin conclusion avec High Tone, pour une fin de nuit en dub hypnotique.

 Texte et photos : Greg Carmen

 

  Punky reggae Tour 3/3 : High tone

  Punky reggae Tour 2/3 : NRA

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