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Alors pour l’amour des vieux, on voudrait
écourter tout ça. Plus de Pentecôte, une feria « défériée » et
Vic Fezensac perd sa mesure à quatre temps. Voilà de quoi
épargner quelques puissants bovins, nous diront les détracteurs de
la tauromachie. Peut-être mais chaque année pendant quatre jours,
quand l’arène accueille les novilladas, le coeur de la cité
gersoise devient « Mix Fezensac », véritable
tambouille de défilés cuivrés. Eh oui, il n’y a pas que des
bandas et des peñas à cette feria. Vic, c’est aussi la grande
messe des fanfares made in France. Parce que si l’on est sans
nouvelles de la fédération française de funk, celle, informelle,
des fanfares hexagonales est bien vivace.
La parenté avec la F.F.F., celle du ballon rond,
cette fois, est bien réelle. Il y a bien un côté tournoi de sixte
à Vic. Une concentration où les joueurs se croiseraient sans
craindre de saluer le futur bourreau de leurs mollets. Non, là c’est
bon enfant, évidemment. Les fanfares partagent même le gymnase
municipal en guise de dortoir. C’est depuis là que s’élancent
les fanfarons avec en guise de crampons leurs cuivres. Tournoi de
sixte dans l’appellation même des fanfares. Le déterminant
« les », qu’au sein de la scène rock française, les
Innocents ont été les derniers à porter à bout de bras, semble
au moment de baptiser une fanfare quasi indéboulonnable. Alors bien
sûr, les équipes ne s’appellent pas les Brésiliens, les
Foot X, les Laisse-les venir, non là ce sont les Pistons Flingueurs
plutôt que les Tontons Tacleurs, les Chiures de mouche et non les
Chieurs de touche, les Foetus Alakiss ou les Ouiches Lorenes
remplacent les J’sais plus. Chacune a son maillot, orange pour les
carabins parisiens des Plaies Mobiles, moutonnés pour les P’tits
Slaves, meringués pour les anciens des Beaux-Arts de Toulouse.
Viandes soûles et funky soul
La ville de 3683 âmes, selon les
estimations toujours précises du quid, se transforme. Dans un
garage ou une cour improvisés en bodegas, dans les guinguettes
et autres estanquets bondés, dépassent toujours un pavillon.
Sous la lune, les rues deviennent des négatifs de cours d’eau, la
berge au milieu et deux rives de chaque côté, débit assuré par
les vessies paillardes. Sur ce qui reste de terre ferme, les
festayres emmaillotés dans des habits d’un blanc qu’une lessive
miracle restituera peut être un jour et affublés d’un foulard d’un
rouge plus franc croisent le défilé des fanfarons, leurs cuivres,
leurs perruques et leurs touch’ de Deschiens. De la place du fer
à cheval, nid de fanfarons à celle de la mairie où se déroule la
feria traditionnelle résonne la fête. Les cuivres assurent le
fondu sonore pour transiter d’un espace à l’autre. Quand le
soubasophone fait raisonner sa grave autorité pour lancer les
fanfarons sur la piste du groove que ses adeptes matérialisent avec
force contorsions et autres insatiables grimaces, c’est la grosse
caisse ou pour faire moins scientifique le « boum,
boum » qui emporte le morceau au sein des bandas à l’unisson
duquel se raccrochent les paumes des festayres. Des deux côtés de
la Plaza de la comida (initiative du comité des fêtes :
apprendre l’espagnol même avec trois grammes d'alcool dans le
sang), les « tintintin..tindindindin...olé ! »
avec plus ou moins de « tin » ou de
« din » mais toujours un « olé! »
permettent de meubler tout en rendant le public heureux et l’interactivité
maximale.
Défilé garni
Du côté des aficionados des bandas, la césure
entre musiciens et public est nette. Les premiers ont la charge d’interpréter
« Paquito el chocolatero » tandis que les
seconds accroupis et en file indienne exécute les mouvements
appropriés. Parfois ceux-ci tannent les musiciens en vadrouille
pour leur demander « eh! Tu me laisses souffler dans
ton bordel ? ». Dans la troupe des fanfarons, tout le
monde est musicien et on n’est pas chien parce qu’on accepte
même les joueurs de flûte à tirette voire même les S.F.F. (sans
fanfares fixes) comme Sergio, l’interprète insatiable et matinal
du « Tango des paysans » et de « J’aime
la feria de Nîmes, la feria de Nîmes ! » (fête taurine
disputée le même week-end) . Chacune des fanfares
interprètent son répertoire funky (la fanfare saucisson des Ouiche
Lorenes, Les Pistons Flingueurs), balkanique (Balkan Brass Band, Les
P’tits Slaves), ska festif (une véritable dictature pour les
tympans dans le sud-ouest) ou plus distingués avec chef d’orchestre
coiffé d’une toque pour les anciens mais vénérables des
Beaux-Arts de Toulouse. Et puisqu’on parle cuisine, l’une des
plus belles pièces, Cela reste quand même le boeuf. Les
associations sont dignes d’un mercato à ciel ouvert, on débauche
une trompette par-ci, un trombone par-là et la fameuse flûte à
tirette par dépit. Les plus courtisés restent quand même les
soubasophones because la grave autorité, tout ça. Et ça dure
toute la nuit. Trois exactement.
Le lundi matin après une bonne douche, les
musiciens remballent les trophées dorés dans leur étui et, la
nostalgie en bandoulière, montent dans le car. Le Gers s'éloigne,
le paysage et les images du week-end défilent. Pentecotavic 2004
s'achève à peine qu'il a déjà rejoint dans les mémoires des
fanfarons la sarabande des éditions gersoises mémorables. Reste à
espérer que la suite du cortège de ce rendez-vous festif ne soit
pas écourtée.
Alexandre Duval
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