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Plébiscité par les médias (France Inter, Les Inrockuptibles, Libération, RTL, Nova, Canal+) - après des passages remarqués sur
scène (Printemps de Bourges, Francofolies…) - le groupe La Blanche est aujourd'hui en quête d'une maison de disques. Leur démo Michel Rocard (10 titres) sous le bras, Eric et ses comparses se démènent, rencontrent, discutent, négocient, relancent et ne lâchent rien. Ils ont bien raison. Mêlant dérision et émotion, les textes chroniquent avec brio les fêlures et les blessures de l'existence. Une plume lucide, subtile, inspirée et sans concession. A l'image de la musique qui mélange avec
habileté différents univers sonores. Certes, point de prouesses techniques là où la sensibilité suffit ! De sorte qu'au final, La Blanche est un groupe électro-rock qui renouvelle la chanson française. Direction le Pigalle underground pour rencontrer Eric La Blanche, un chanteur réaliste issu des profondeurs.
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Confession musicales...
Tu as tout largué pour revenir à tes premiers amours, la musique et le chant. Raconte-nous comment ce choix s'est imposé à toi.
Eric : C'était ça ou m'enfoncer dans la dépression nerveuse. J'avais fait plein de trucs différents et qui ne m'intéressaient pas vraiment. Là, je partais pour faire une carrière de reporter télé. Et la télé, quand on sait ce que c'est… c'est pas vraiment la liberté. Heureusement, il y a un Mr. Hyde qui veille au fond de moi et qui me pourrit la vie dès je commence à me la raconter. D'ailleurs, du jour où j'ai décidé de faire de la musique mon métier, je suis remonté automatiquement à la surface. C'est peut-être ça, la vocation…
Et aujourd'hui ? Comment (sur)vit un musicien à Paris ?
Mal. RMI. Si tu fais des petits boulots, tu n'as plus de temps pour la musique. Si tu n'en fais pas, tu n'as plus d'argent. Et moi j'ai besoin de temps…
La Blanche est un collectif. Qui êtes-vous et comment travaillez-vous ?
Il y a plusieurs cercles concentriques. En général, on travaille à deux sur la construction d'une chanson. Puis on la joue tous ensemble et on n'hésite pas, après coup, à intégrer d'autres sensibilités. Il y a une foule de gens qui gravitent autour du groupe. Des gens qui, en fonction de la suite des événements, seront intégrés dans une structure plus large. Pour l'instant, on sait qu'on ne pourrait pas exister seuls. On est donc entourés de photographes, peintres, musiciens, techniciens, amis qui collaborent au projet. Ce groupe est aussi bien sûr le leur.
Quel regard portes-tu sur la production musicale actuelle ?
La production discographique n'est que le reflet du reste du monde en général. Une maison de disque, c'est fait pour vendre, ça on le savait déjà. Mais surtout pour vendre le plus possible, quitte à vendre de la merde. Et pour vendre le plus possible, il faut être consensuel. C'est-à-dire limiter les risques en prenant le public par ce qu'il a de plus, littéralement, commun. La stratégie qui se met en place actuellement, c'est même carrément de ne même plus le prendre pour ce qu'il est mais de le rendre tel qu'on voudrait qu'il soit. C'est-à-dire complètement sourd et con (et sommateur). Ce qui est assez incompatible avec l'art en général et oblige les artistes, comme les habitants des maisons de disques - les compétents tout au moins - à quelques contorsions. Bref, c'est le système. Heureusement, il reste quelques hurluberlus qui n'oublient pas que l'art n'est pas (qu') une marchandise.
Vous êtes prêts aujourd'hui à signer. La démo est là. Une matière brute à développer en studio. Artistiquement, qu'attendez-vous d'une maison de disque ?
Qu'elle nous mette en contact avec des gens compétents dans leur domaine, notamment d'autres artistes et techniciens. A part ça, elle est invitée à donner son avis. De toute façon, le label avec lequel nous signons, Nocturne (éditeur), est un label indépendant, c'est à dire qu'il est de notre côté plutôt que de celui des majors. Et puis, dans les majors, il n'y a pas non plus que des majorettes. Tout le monde ne marche pas au pas sur de la musique cucul avec un costume idiot.
Etes-vous prêts à faire des concessions artistiques ? Est-ce une question que vous vous posez ?
Doublement non.
Tu connais maintenant un peu mieux l'univers des maisons de disques. Alors quelles impressions ?
Je me méfie de mes impressions à ce sujet. Ce que je sais, c'est que j'ai besoin de sous pour me nourrir et chanter des chansons. C'est déjà suffisamment emmerdant comme ça. Je sais aussi que les disques, ça se vend dans les magasins et qu'il vaut mieux faire appel à des spécialistes pour ça. C'est tout.
Prêt à jouer le jeu ?
Mouais…
Peut-on faire de la " chanson française " sans s'abîmer dans la " variété française " ?
Question d'intégrité (et de talent). Les chanteurs de "commerciale" sont responsables de leurs actes, non ?
Les paroles forcent l'attention. Pourtant, ta voix est souvent en retrait. Est-ce par pudeur ?
Je suis chanteur, je sais que j'ai une belle voix. Mais je ne suis pas ingénieur du son. Ce que tu as écouté est une démo enregistrée chez moi, c'est-à-dire quasiment chez mes voisins : impossible de chanter fort. C'est con mais c'est la raison pour laquelle la voix est en retrait. Michel Rocard réclame à corps et à cris une production digne de ce nom. Les gens à qui je dis ça ont du mal à percuter. Pourquoi crois-tu que les artistes riches engloutissent des millions en studio ?
Si on te dit que La Blanche, c'est du Miossec en électro. Tu réponds quoi ?
Je dis que c'est un compliment. Je dis aussi qu'on s'en démarque par plein d'aspects, notamment un côté plus second degré dans les textes et les univers. De plus, en concert, ça n'a rien à voir (pas de voisins !). Quoi qu'il en soit, c'est un peu normal qu'on situe un jeune artiste par rapport à autre chose, d'autant que je revendique vraiment l'influence de Miossec. Son premier album m'avait mis le cul par terre et j'avais eu l'occasion de boire quelques coups avec lui. En y repensant, je m'étais dit : pourquoi pas moi ? C'est comme ça que c'est parti et c'est d'ailleurs pour ça qu'une chanson lui est dédiée. Et puis il y a des univers communs…
Vous vous positionnez comment par rapport à vos influences ?
En embuscade.
Placés sous le signe de l'électro, les morceaux explorent néanmoins de nombreux genres musicaux. Pourquoi ? Est-ce plus facile ?
Il faut se rappeler qu'au départ, on ne pensait pas du tout que notre petite démo allait se retrouver dans les médias sans passer par une production. On s'est donc volontairement lâchés en explorant plusieurs styles différents. Je me suis dit qu'on resserrerait le tout à la production. Et puis en fait, ça nous plaît bien comme ça. Ça me gonfle, les gens qui se sentent obligés de rester dans la même veine. Il faut piquer ailleurs.
Les titres déclinent souvent le verbe aimer.
C'est un thème qui m'intéresse assez. C'est rigolo, l'amour : tout le monde en veut alors que ça ne marche presque jamais.
La chanson "Sous Marine" rappelle l'album "Melody Nelson" de Gainsbourg, non ?
J'avais 20 ans quand je l'ai écrite et je ne connaissais pas Melody Nelson, ni beaucoup Gainsbourg d'ailleurs. Je pensais avoir inventé un style. Je ne doutais de rien. On m'a soupçonné de l'avoir pompé pour ce morceau, ça me rend assez fier. Gainsbourg est devenu une influence depuis. D'ailleurs, sais-tu que je suis né le même jour que Melody Nelson ?
Est-ce parce chaque chanson évoque une figure féminine différente, que vous vous éloignez de l'idée d'un album concept ?
Oui. Sur ce disque, j'ai rassemblé des émotions et des histoires un peu éparses. Les albums concepts, on verra après. Mais on y songe. Pour l'instant, on fait des concepts-chansons : tu as vu, rien que dans Sous-Marine, il y a déjà 7 ou 8 figures féminines différentes. De quoi faire un vrai album.
Si les textes sont autobiographiques, tu ne crois pas que " Les autres filles c'était pour rire, des lapsus ou des boudins " peut être mal
pris ?
Imagine que tu es en train de t'excuser auprès de ta petite amie. Est-ce que tu vas lui dire que les autres filles étaient mieux qu'elle ? Moi, je raconte pas ma vie, je prends des personnages qui racontent leur fiction. Des histoires qui sont suffisamment proches de choses que j'ai vécues pour qu'on y croie. Il y a deux filtres par rapport à la réalité. Primo, le narrateur, ce n'est pas moi, c'est un type que souvent d'ailleurs, je déteste mais pour lequel j'ai une certaine tendresse. Deuzio, ce type-là, rien ne te dit qu'il raconte la vérité !
La Blanche est plutôt actif sur la toile (cf. sites musicaux). Au-delà de l'opportunité de vous faire connaître, que représente pour toi ce nouveau média ?
Une fenêtre sur le monde. Pas une porte. (Une porte-fenêtre ?) C'est très pratique pour exister, pour donner au public un endroit où t'entendre. Et ça intéresse beaucoup les journalistes... C'est un nouveau média, il faut lui donner un peu de temps. Bientôt, quand suffisamment de gens seront connectés, on devrait pouvoir faire la nique aux mastodontes de l'info et de la culture. Ce sera dur et ça ne changera pas grand chose, sauf que les gens auront la possibilité (d'aller voir ailleurs). C'est déjà ça. En tout cas, on est contents de participer à l'aventure et d'ouvrir quelques pistes.
Vous êtes cet hiver en phase d'écriture. Tu perçois des évolutions ?
Non, c'est encore trop tôt.
Difficile d'écrire un second album quand le premier n'a pas encore été produit ?
Plutôt plus facile, je pense, car on est plus disponibles. Et puis, comme on n'a pas d'argent pour sortir, on compose.
Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter aujourd'hui ?
Simplement d'être entendus.
Et demain ?
Un autre jour…
Propos recueillis par
Olivier-Jules Jaubert
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