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Vous avez combien de titre dans votre répertoire ?
svin - Eh bien… à mon avis, on doit en avoir 17 vraiment jouables actuellement. On en a déjà enregistré une douzaine en studio au cours de nos différentes sessions et on en a bien 5 ou 6 qui sont assez cohérents dans l'optique de notre nouveau répertoire. Depuis 1993, nous avons composé une soixantaine de titres, mais beaucoup sont sacrément obsolètes. Ça nous ferait de la matière pour un bétisier…
tùco - Disons, qu'on a une bonne quinzaine de titres qui font partie d'une sorte de concept. Il y a une histoire qui les relie les uns aux autres par rapport aux textes, et qui constituent l'ossature de ce que pourrait être notre premier album. C'est cette quinzaine de morceaux-là qu'on répète actuellement avec Fred. Il y a deux semaines, on était en studio pour maquetter sept titres afin de coucher sur bande ce à quoi pourrait ressembler " l'Album " de VERTIGO.
A propos de votre univers, ce qui est frappant dans votre musique, c'est que d'un côté vous avez des compos bien carrées, propres, efficaces et de l'autre on a des textes, qui eux sont carrément plus sombres, limite glauque… Pourquoi ?
En fait nous sommes des déprimés chroniques ! C'est pour cela qu'on a retenu Fred comme bassiste, parce que lui aussi cet été était au bord du suicide.(rires) Il venait de se faire plaquer, de perdre son job, on s'est dit que c'était le moment parfait pour l'intégrer dans notre groupe. (rires)
Alors pourquoi Vertigo plutôt que Prozac ?
svin - Oh ! Le nom a été difficile à choisir. Ce n'a pas été une mince affaire…
tùco - Oui, parce que nous étions attachés à notre nom précédent, Les Rois Barges. Mais bon, les Rois Barges ça faisait un peu trop stand de Chamboultout et cela ne collait plus trop avec le contenu de notre répertoire.
Quand on a commencé, svin avait 12 ans, moi 15, djaz 16. Les textes étaient plus bouffons ce qui n'a plus rien à voir avec ce qu'on fait maintenant. Et puis notre public, très rock, n'était plus en phase avec notre ancien nom. De plus, les professionnels ne comprenaient pas trop le décalage entre un univers assez sombre et ce nom. Ils n'aimaient vraiment pas. Pour finir, il y a eu un élément déclencheur. C'est quand djaz a lu dans la presse une critique assez négative du film "
Les Rois mages " des inconnus et qui avait pour titre " Les Rois Barges ", justement. Et là, c'était trop.
Et cette histoire qui relie vos textes entre eux maintenant. Qu'elle est-elle ? Comment écrivez-vous ?
tùco - Ce sont les tribulations d'un type un peu paumé. A l'origine on écrivait ensemble, un peu à la manière de cadavre exquis. Puis petit à petit svin à moins écrit. Djaz aussi. En prenant un peu de recul, on s'est aperçu que 6 titres que l'on avait écrit récemment tournaient autour du même thème, et constituaient sans que ce soit vraiment voulu une sorte de mini histoire. Bref on s'est demandé si on n'allait pas nous reprocher de parler toujours de la même chose. Alors tant qu'à faire, on s'est dit qu'il fallait le jouer à fond et le travailler pour pouvoir le revendiquer à la manière d'un concept. C'est devenu l'histoire d'un type établi avec sa nana qui un jour va dans un bistrot de Pigalle, un bar à pute, rencontre une fille, tombe amoureux d'elle et retourne la voir fréquemment. Ca c'est la chanson
Le Chien Andalou. Comme il est amoureux, il se détache alors de sa copine.
(En rêve, je suis un autre
homme). Finalement, après pas mal d'efforts il arrive à passer une nuit avec la fille en question
(Ce soir). Evidemment, par la suite, il veut passer de plus en plus de temps avec elle
(Une autre nuit à
l'hôtel). Un jour elle disparaît sans donner de nouvelles. Il va se mettre à la chercher ce qui donne toute une série de chansons
(Ils n'entendent pas par exemple). Il erre dans Paris pour la retrouver. Il va sur internet régulièrement pour se changer les idées
(La fille de l'Email), suit des filles dans le métro en croyant l'apercevoir
(Aux regards
assassins). Un soir il espère la retrouver dans une soirée par l'intermédiaire d'une autre fille du bar où il l'avait rencontrée
(Pique-nique chez Raphaëlle). Evidement elle n'est pas là. Il pète les plombs, et se laisse aller aux plaisirs illusoires de l'alcool
(Sur le
zinc). Au final il finit dans un hôtel infâme et se confie dans une lettre poignante. C'est
Chère toi. On a aussi une jolie chanson très courte, un petit épilogue, Mes mots d'amours sonnent faux. Ravagé, mais resté avec sa copine, il s'entend dire "je t'aime", avec l'esprit et le cœur à l'agonie. Voilà grossièrement la trame de nos morceaux.
Sa copine ne le plaque pas à la fin ? C'est curieux non ?
tùco -
Non, la morale est sauve.
Ah…
svin - Un minimum.
Bon... C'est autobiographique ?
tùco - Hmmmm. Plus ou moins.
svin - Ca dépend des passages.
tùco - On a tous puisé dans nos expériences respectives. Mais tout le monde peut y retrouver un peu de son histoire propre à un moment ou à un autre.
C'est vrai. C'est important donc de chanter en français pour vous ?
Fred - Oui. On a bien essayé de chanter en canadien. Enfin. Oui, je trouve que c'est important. Il y a déjà plus de facilité à s'exprimer dans notre langue. Après…
tùco - Je crois que c'est ça. Si on chante en anglais avec un mauvais accent, les paroles n'ont aucune importance. A partir du moment où tu veux écrire un minimum, pour donner quelque chose, que ce soit littéraire pseudo poétique ou plus dépouillé, autant le faire dans la langue qu'on maîtrise le mieux. Sinon, autant prendre le parti de ne rien dire qui nous tienne à cœur dans les textes.
svin - Et quand bien même. L'intérêt c'est d'être compris. Si on chante en France, autant le faire dans cette langue. Déjà que lors d'un concert ce n'est pas évident de comprendre tous les textes, alors en anglais, cela ne facilite vraiment pas la chose.
Et pour la musique ? Les arrangements ?
tùco - Jusqu'à présent, hormis quelques-unes unes composées avec svin aux débuts du groupe, C'est moi qui compose les chansons. Puis on les arrange ensemble. Maintenant, c'est vrai que c'est cette période est un peu particulière. Fred vient d'arriver sur un répertoire déjà constitué. Il s'exprime avec talent, à sa manière, en gardant une certaine part d'improvisation. J'espère qu'à terme il pourra également apporter sa patte dans les compos.
Fred - C'est vrai que si je suis bassiste dans la formation actuelle, à la base je suis guitariste. J'ai peut-être une manière plus mélodique d'aborder la basse. Dans le disque (réalisé avec l'ancien bassiste), la basse est presque indépendante et ça donne quelque chose de curieux. Pour ma part, j'axe plus sur le soutien harmonique, les accords sont souvent plaqués simples ce qui permet de mettre en valeur l'ensemble. Du coup, maintenant les compos n'ont plus la même couleur, je crois qu'il y a un meilleur soutien mélodique et à la fois plus d'énergie.
J'attends de découvrir cela avec une certaine impatience !
tùco - Je trouve que ce qui est bien, c'est ton soutien, Fred, à l'harmonie. Tes parties permettent de mieux saisir la mélodie. Et techniquement, à vous deux vous composez une belle assise rythmique. Quand on écoute d'autres formations en trio comme Muse ou la période " Red " de King Crimson, même s'ils ne font pas partie de nos plus grosses influences, ce sont des groupes qui ont des sections rythmiques hyper efficaces. Avant, le jeu de djaz donnait une belle originalité avec des
contre-chants à la manière d'une basse solo, mais cela se faisait au détriment de l'assise rythmique et mélodique sur certains passages.
svin - C'est vrai qu'en concert, ça manquait un peu de soutient. C'est ce que Fred apporte le plus depuis son arrivée. Pour en revenir aux compos, tùco compose généralement la base principale du morceau. Après, c'est une histoire de complicité et de partage des idées. Chacun apporte sa pierre à l'édifice.
tùco - Et quand il n'aime pas, je lui demande de partir ! (rires) C'est vrai qu'avec notre ancien bassiste, on faisait ça dans notre coin svin et moi et il posait sa " babasse " après coup. Maintenant avec Fred, on essaye déjà de retravailler le répertoire existant. Par la suite je ne sais pas comment ça va se passer. S'il avait plus de bras je lui laisserai à la fois la guitare et la basse, parce qu'il est bien meilleur que moi. On va peut-être essayer des ouvertures qui changent avec Fred. Pratiquement, aujourd'hui, c'est moi qui fait les voix Lead. Mais on tend à chanter de plus en plus tous les trois. J'ai envie que chacun puisse s'exprimer. Ce qui permettrait aux autres instruments de donner plus de leurs propres couleurs. Je me demande parfois si je n'ai pas trop écouté Abbey Road…
A propos de votre style, tout en simplicité et efficacité, cela vient de votre type de formation ?
svin - Oui. C'est certainement le côté trio. Tu n'as pas trente instruments, une section cuivre ou une horde de percus. Il faut faire simple. Après, c'est vrai que sur certains morceaux on aimerait mettre plus de relief, avec des petites parties de violoncelle etc. Mais, évidemment, sur scène on ne peut pas le faire. Après, en studio ou sur album, c'est toujours réalisable et on y réfléchit.
tùco - Globalement on essaye de garder ce côté brut sans trop de fioritures, même si c'est aussi un plaisir de donner dans l'arrangement. Mais, tel qu'il est aujourd'hui, on préfère présenter le répertoire de manière bien brute, bien rock et… euh… explorer les frontières du trio !
Ah ! Je vais garder cela pour le titre !
tùco - Aie ! Qu'ai-je dit ! (rires)
En dehors des Beatles, un mot sur vos influences musicales ?
tùco - Ah Il faudrait faire un tour de table, parce que c'est assez diversifié.
svin - On a déjà notre " culture " commune entre tùco et moi. Mais ce qui est amusant, c'est que tout ce qu'on a écouté, au fond, on ne le retrouve pas tellement dans notre musique. Bien sûr Les Beatles, on joue avec les voix, plus en concert qu'en enregistrement. Il y a aussi Toto, qui a bercé notre enfance, même si on le ne revendique pas du tout. C'est marrant, on a écouté ça pendant des années, alors qu'au fond ça ne s'entend vraiment pas dans notre musique. Heureusement ! (rires). Djaz nous charriait toujours au sujet de notre passé " honteux " de fan de toto! Personnellement, Je sais que j'ai bien aimé Police, le jeu de Copeland m'a énormément influencé…
tùco - Ca c'est plus tard. C'est vrai que pendant des années, je n'ai écouté que Les
Beatles et du Paul McCartney.
svin - Avec djaz…
tùco - J'étais complètement plongé là-dedans. Après au lycée on a commencé à découvrir les autres groupes anglais, la pop anglaise, les
Oasis, Cast, Bluetones et compagnie. C'est à ce moment là que le groupe est devenu un plus rock. Quand j'ai découvert
Radiohead, ma vie a basculé ! C'est à ce moment-là que j'ai découvert de nouvelles voies en matière de composition, d'utilisation des sons, qu'on a découvert la disto comme générateur de tension, l'énergie un peu torturée couplée à la grâce de l'acoustique. A présent, j'écoute très peu de rock, ou alors des choses très violentes. Je trouve que ça tourne un peu en rond. Mais j'ai tendance à aller chercher de l'émotion dans d'autres styles ; jazz ou electro, classique, même.
svin -Moi j'étais plus rock qu'eux deux. J'écoutais beaucoup de rock américain comme
Rage Against the Machine ou Deftones. J'aime les groupes qui déchirent bien. Cela dit, j'écoute pas mal d'electro, de reggae et de hiphop US.
tùco - C'est vrai qu'à l'origine on a tous une formation classique. On a fait du conservatoire pendant 9 ans. Fred, de la guitare classique. Ca ouvre d'autres horizons.
Fred - Moi plus le temps passe, moins j'ai de références. Ce qui m'intéresse avant tout dans le rock ce sont les mélodies. Sinon, j'aime aussi le Funk, le Hip-hop… mais toujours sur une base rock.
tùco - Finalement on n'a que très peu d'influences françaises.
svin - C'est vrai. Mis à part Téléphone, un des seuls qu'on ait écouté, on se retrouve très peu dans le rock français. On a toujours été plus rock anglais avec des textes en français.
Fred - C'est con, mais dans Pop star, il y en a un qui disait qu'en France on délaisse les mélodies pour les textes. Bon, ce n'est pas vraiment une révélation, mais c'est vrai que c'est très présent en France.
Ah ! L'héritage de la chanson réaliste…
tùco - Voilà. C'est vrai que je ne me sens pas vraiment proche de Dionysos,
Matmatah ou Mickey 3D. Et ne me parle pas des pseudos écorchés genre
Saez et autres. Téléphone et Noir désir l'ont mieux fait avant eux… Enfin. A la limite je suis beaucoup plus attiré par Gainsbourg ou Bashung… Ah ! J'ai placé Gainsbourg, on va me taper sur les doigts ! Bashung, je n'aime pas trop sa carrière rockeur, mais je suis beaucoup plus sensible à ses deux derniers albums. Au niveau du son, de l'écriture, c'est vraiment impressionnant.
Svin - C'est vrai que nous sommes très sensibles au son des artistes. Pour moi, la conscience de son est au moins aussi importante que la qualité technique d'un groupe. J'aime le son travaillé. Ca joue. Avec
Vertigo, on aime s'attacher à la qualité du son. Ce qui n'est pas le cas de tous les groupes.
Pas de saturation à outrance qui plonge la mélodie dans un brouillard sonore alors ?
tùco - On est sensible au contraste, à la précision. Sur scène quand donne un concert d'une heure, on a une partie du répertoire en électro-acoustique pour obtenir un type de son précis. Pas pour avoir un son bourrin. Si tu utilises la disto, c'est pour amener quelque chose de précis. Ou pour donner progressivement une tension dans le morceau et obtenir une énergie qui file la chair de poule. C'est vraiment par rapport au son qu'on se sent différent des canons du rock français tel qu'on l'entend à la radio. Cette culture du son en France, où l'on pousse les voix complètement en avant, on recroqueville les guitares et la batterie. Ca me… Je n'aime pas quoi. Enfin, c'est pour cela qu'on travaille avec un ingénieur du son, qui lui est plutôt dans des sons du type Deftones ou Korn, qui sont très violents, à la fois énormes et très précis.
Y aurait-il de l'influence Métal dans Vertigo alors ?
svin - Oui. On s'y retrouve à pas mal de niveaux, sauf que nous privilégions plus la mélodie dans les compos et que notre chant est moins braillard. Pour moi qui suis batteur, ce sont des sons que j'apprécie, même avec notre style de musique qui est un peu plus calme. Avec cet ingénieur du son, on a vraiment trouvé notre identité.
Vos projets ?
Des concerts, des concerts et...
Propos recueillis par
Patrick
Herrmann
N.B. Depuis la publication de cette interview, le
groupe à changer de nom pour opter TRIUMVIRO ;)
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