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Sozopol (ou Apollonia Pontica),
Lorsque l'on se plonge dans l'Histoire de cette ville balnéaire,
nous abordons de nombreuses civilisations légendaires, grecques
antiques et thraces. Ce lieu de villégiature se constitue en deux
baies ouvertes qui ont offert dans leurs temps des abris contre les
tempêtes de la Mer Noire. Hérodote nous parle que cette ville aurait
compté au IV siècle av. J.C. 30. 000 âmes, autant que la glorieuse
Athènes.
A l'origine, cette ville aurait été créée par des colons grecs
d'Asie Mineure (Milet) et de Phocéa (plus connu actuellement sous le
nom de Marseille). De nombreuses autres colonies grecques au Liban
comme en Asie Mineure nous montrent que le nom d'Apollonia n'était
pas uniquement spécifique à un seul lieu. Le Dieu Apollon avait
plusieurs fonctions, notamment celle des arts et des lettres, comme
aussi bien de la médecine - nous pourrions vous conseiller pour
remettre en cause le dualisme classique de Nietzsche dans "
Naissance de la Tragédie " la lecture de l'ouvrage " Apollon, le
couteau, une approche du polythéisme grec (1998) " de Marcel
Détienne. Dans les documents grecs, cette ville était connue comme "
Mega Apollonia " vu le nombre de ses habitants. L'histoire du lieu
articule toute la complexité entre les tribus thraces et les colons
grecs pour devenir rapidement un des ports les plus importants sur
la Mer Noire. Sa prospérité marchande rivalisait avec les plus
grandes cités antiques. Après la révolte des Apolloniens contre les
oligarques (entre 560-30), qu'Aristote cite comme exemple connu
d'oligarchie dans son " Politique ", les Apolloniens appelèrent un
philosophe de l'école de Milet, qui n'est autre que le Anaximandre,
pour établir un corps de lois et une constitution démocratique. Ce
présocratique est considéré comme l'inventeur de l'école
matérialiste en philosophie, parallèlement à un autre penseur thraco-grec
Démocrite, inventeur de l'atomisme.
Au III ème siècle apr. J.C., la ville changea de nom et adopta la
religion chrétienne pour dénommer la ville du " Sozopol ", qui reste
encore du grec et qui signifie " Ville sauvée ". Je m'arrêterai là
pour l'histoire qui ne s'arrête bien sûr pas là, puisque pendant
près de 800 ans la ville fut l'objet de luttes et de tensions entre
l'empire bulgare (fondé en 689) et l'empire byzantin, avant la
conquête de la Bulgarie par les Ottomans (1396). De ces luttes et de
ces tensions, comme de certaines attaques de pirates sur Apollonia,
les vestiges de Sozopol sont émiettés et largement effacés dans
cette station de vacances qui porte un nom plutôt paradoxal. Vous
pourrez retrouver cette histoire dans son musée archéologique. Vous
pourrez aussi vous promener dans la vieille ville de pêcheurs et
regarder les vieilles demeures de type de la Renaissance bulgare
(XIXème siècle), période qui réveilla les luttes de résistance et
d'indépendance romantique des populations. Vous y trouverez aussi le
musée ethnographique qui expose les vêtements et les outils,
l'atmosphère des us et coutumes de la Bulgarie sous domination
ottomane.
Sozopol est un véritable paradis d'azur et de plages dédiés au
tourisme et à la spéculation immobilière. Les Anglais " pauvres " en
sont friands et en sont même dérangeants. Le prix du mètre carré
pour un Européen frise les prix des capitales européennes. On
pourrait voir la côte bulgare de la Mer Noire comme un vaste pari
pour offrir les conditions d'une Espagne d'il y a 30 ans. La vie
n'est pas chère et la bière fraîche, jamais aussi peu chère - les
nouvelles à la télévision parlait un soir de la bière moins cher
d'Europe. Pour une bière d'un demi litre, vous ne payez au maximum
qu'1, 5 leva, ce qui veut dire moins d'un euro et cela assis Je vous
conseille la Zagorka ou la Choumensko. A Sozopol, vous trouvez les
Tchèques, les Polonais et les Russes, tradition communiste oblige.
Sozopol possède d'énormes charmes pour tout amoureux de la mer et du
soleil.

Nessebar,
Un autre petit joyau de la côte bulgare est " Nessebar ", ou "
Melsambria ", que les Grecs au VIème siècle av. J.C appelait "
Messambria ".Cette ville portuaire fût fondée 2000 av. J.C, selon
les archéologues, par les Thraces. Elle est située sur une petite
presqu'île rocheuse reliée à la terre ferme par un isthme de 400
mètres. Cette ville concentre toutes les caractéristiques de
nombreux vestiges qui ont laissé encore l'empreinte et lui donne ce
cachet particulier entre des forteresses de type romain, de
nombreuses églises byzantines et des maisons de type renaissance
bulgare. Comme de nombreuses villes bulgares, Nessebar conjugue les
strates multiformes des civilisations qui se sont succédées dans ces
lieux : thraces, grecques, romaines, bulgares, ottomanes, et
bulgares de la renaissance (19ème siècle). Chaque pierre de cette
petite presqu'île raconte une histoire. En 1983, l'Unesco classe
cette ville comme patrimoine culturel mondial.
La légende veut que le poète Ovide fut exilé aux confins de l'empire
romain pour avoir écrit trop librement ces sentiments à la fille de
l'empereur Auguste, Julie, dans son " Art d'aimer " (" Artis Amore
"). Ovide aurait ainsi vécu à Nessebar et aurait écrit depuis cette
retraite ces " Métamorphoses". La ville actuelle est une ville où
pullulent des magasins et des restaurants aux côtés des nombreuses
églises byzantines. On en compte 42, dont nous pouvons conseiller
l'église St Sophie (V-VI siècle) qui siège au centre de l'île et est
assez bien conservée. Une des plus célèbres est l'église du " Christ
Pantocrator " (" Christ tout-puissant ") (XIVème siècle.
Nessebar se trouve près de la plus station balnéaire de la Mer
Noire, " Slanchtev briag " où de nombreux tours opérateurs, comme
Neckermann, possèdent leurs hôtels. A 40km au Nord de Burgas,
deuxième port marchand le plus important après Varna, plus au Nord,
près de l'estuaire du Danube, Nessebar peut se joindre facilement
par bateau depuis Sozopol. Comptez trois heures pour l'aller et
trois pour le retour. On remarquera seulement que cette prospérité
touristique n'a rien à envier à d'autres endroits balnéaires, comme
en Grèce, où la culture et la religion dans leurs ruines et
splendeurs rivalisent dans le commerce de l'impression.

Tchirpan,
Sur la route de la mer, au plein milieu du pays, une petite ville se
dresse dans les plaines fruitières et de tournesols. Tchirpan est
connu pour avoir donné deux figures majeures de la culture bulgare
au XIXème siècle et non des moindres : le maître peintre iconographe
zographe Zahiri et le prince des poètes bulgares, P. K. Yavorov
(1877-1914). Vous pourrez voir des tableaux de ce maître dans la
Galerie de peinture moderne de Sofia. Pour le second, vous pouvez de
nos jours visiter la maison familiale dans laquelle le jeune poète
cosmopolite a séjourné et écrit nombres de ces textes. Un peu plus
loin sur la route de Brad Daskalovi (les frères Daskalov), un autre
poète plus moderne, qui sera assassiné dans un rapt policier, serait
né : Guéo Milev (1895-1925). Blessé durant la guerre en 1917, il
perdit un oeil et la moitié de son crâne. Je remercie le Directeur
de la Maison Yavorov de Tchirpan pour m'avoir guidé dans les lieux
de la demeure Yavorov et m'avoir parlé de la littérature bulgare
trop peu connu comme littérature cyrillique. Les poésies de Yavorov
sont disponibles en français par l'édition de l'Académie de
Littérature de Sofia. Yavorov est connu pour ses poésies, mais aussi
pour avoir été un des premiers dramaturges du Théâtre National Ivan
Vazov (autre grand nom de la littérature bulgare, poète patriote,
1850-1921). Il a écrit des adaptations théâtrales et des pièces de
théâtre, dont une des ses plus fameuses est " Les Tilleuls de
Vitosha ". Sofia possède aussi sa propre maison Yavorov. Yavorov a
notamment voyagé en France, dont il reviendra avec son grand amour
au pays. Son histoire est tragique. Il mettra fin à ses jours.
La maison Yavorov est un véritable chef d'œuvre du type renaissance
bulgare (XIXème siècle, cfr les cartes postales). Elle est en dehors
du petit centre-ville qui se compose d'architectures de type
communiste, cubique et rationnel. Une rue piétonne nous mène au parc
Yavorov qui possède dans son cœur une immense pizzeria. Tchirpan
appartient à la région de Stara Zagora, chef-lieu des vallées
ensoleillées débordant de fruits et de blés. Stara Zagora est connu
pour sa bière, la Zagorka, racheté par le groupe néerlandais Amstel.
Tchirpan se situe entre la chaîne Sredna Gora (Montagne Moyenne) et
les Balkans au Nord et plus au Sud les Rhodopes. Cette petite ville
incarne toute la complexité de la renaissance et d'un renouveau
moderne bulgare. Si vous y passez, vous pourrez vous arrêter à
l'hôtel dont je vous laisse deviner le nom. La rue et le parc
portent aussi ce même nom.

Perperikon,
A une soixantaine de kilomètres d'Haskovo, dans les Rhodopes
bulgares, perdus dans les confins des civilisations qui ont rivalisé
dans la domination de ces régions : grecs, romaines, byzantines,
turcs et bulgares, nous trouvons un site hors du commun, "
Perperikon ". Rappelons seulement que le tsar Boris ou roi de
Bulgarie (Saxe-Cobourg Gotha), à leur indépendance complète en 1905
sur l'Empire Ottoman, avait hérité d'un royaume qui allait encore
jusqu'à la mer Egée. Mais la défaite de la première guerre mondiale
des Allemands et des Habsbourgeois, décida de priver la Bulgarie
d'un débouché vital. La deuxième guerre mondiale n'arrangea pas non
plus les affaires entre la Bulgarie et la Grèce. L'axe Berlin-Tokyo
comprenait Sofia durant la deuxième guerre mondiale. Passons cet
interlude historique qui a toujours lié et lie encore la Bulgarie à
la culture germanique.
Revenons aux fouilles archéologiques et aux civilisations
immémoriales. Dans ce coin perdu des Rhodopes, le professeur
Ovtcharov a découvert, il y a six ans, des vestiges de temple et des
rituels de Dionysos, dieu de la fécondité, de l'ivresse et du
théâtre. Notre imaginaire retrouve l'univers de la pièce des
Bacchantes d'Euripide, même si l'action dramatique se déroulait à
Thèbes. Les fouilles ont montré que 5000 av. J.C, ce pic de montagne
était déjà un lieu d'intensité religieuse. Le Temple de Dionysos,
dieu de la fécondité et de la prodigalité, aurait commencé bien
avant dans les âges les plus lointains dans ces régions thraces. Ne
dit-on pas dans les Bacchantes que ce dieu serait un dieu étranger?
Les historiens antiques, Hérodote en tête, décrivent ce lieu comme
investi d'un oracle. Le Temple de Dionysos à Perperikon aurait été
aussi connu que le temple d'Apollon à Delphes. On mesure l'ampleur
de cette découverte récente. Deux de ces prédictions de l'oracle de
Perperikon se seraient avérés : l'annonce qu'Alexandre le Grand
serait le conquérant de l'Asie et que les Romains allaient établir
un empire. En 378, le temple fut détruit lors du passage des Goths
dans le Sud des Rhodopes. A partir du Vème siècle apr. J.C, les
vestiges des temples païens furent ensevelis pour la construction
d'églises. La chrétienté devenait la nouvelle loi religieuse.
Comme tout lieu hautement spirituel, le temple se trouve en haut
d'une montagne, à laquelle on accède par un immense escalier sculpté
dans la pierre. Aujourd'hui, encore ce chemin sacré est conservé.
Des blocs de pierre se dressent dans cette pente ardue pour la
montée au sanctuaire acropole. Après le passage des deux premières
portes, vous arrivez au sacro-saint et devant le lieu où siégeait
l'oracle de Dionysos, uns statue de 5 mètres disparus et qui trônait
sur tout nouvel arrivant. Sur un autre versant, se trouvait une
nécropole. Le temple est situé de telle manière que le soleil puisse
frapper le lieu de sa plus grande chaleur dans le Midi journalier.
On trouve encore d'autres vestiges, comme des bassins d'eau, et même
un restant de la forteresse, un tour, que les Romains avaient
construit lors de l'instauration de leur " pax romana ".
Cette visite dans l'Est des Rhodopes vaut le détour. A une vingtaine
de kilomètres se trouve une ville métissée entre les populations
bulgares et turques, Khardzali. La région est prospère par ses
plantations de tabac. Le long des routes, vous pouvez les voir
fleurir. Autre site archéologique que les Bulgares ont découvert et
qui reste un détour pour les amoureux de la culture antique, c'est
le sanctuaire d'Orphée à Tatoul, qui se trouve dans l'Ouest des
Rhodopes (au Sud d'Asenovgrad). Ne m'étant pas rendu sur le lieu du
grand poète grec d'origine thrace, dont nous avons conservé sur des
tessons de vases les chants de la Toison d'Or et de la quête de
Jason, je ne peux que vous le mentionner. Ces textes remontent au
IXème siècle av. J. C et seraient les premiers textes de la
civilisation grecque, avant les classiques que sont Homère et
Hésiode.
Sofia,
Ville fondée au IIIème siècle par les Romains, comparable à Paris
(Lutèce), " Serdica " était un comptoir commercial dans les Balkans
entre Beograd (Belgrade) et Philippopolis (Plovdiv, deuxième ville
actuelle du pays et connu pour avoir été la capitale de la Thrace et
de la Macédoine du temps du père d'Alexandre le Grand, Philippe II).
Parmi les merveilles du centre-ville préservé de la fougue de la
collectivisation communiste, nombre de monuments se bousculent dans
le charme incongru d'un passé récent. La plupart des bâtiments
remontent à la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Le
Jardin public siège dans un carrefour des institutions culturelles
de la capitale. La Galerie d'Art de Sofia, ou musée national de la
peinture bulgare, recèle de petites et de grandes surprises. A côté
des influences impressionnistes et réalistes dominantes, nous
trouvons, dans la première pièce de cet ancien palais royal, des
tableaux du maître zographe Zahari (voir plus haut Tchirpan). Un peu
plus loin, le maître parmi les maîtres de la peinture bulgare,
Vladimir Dimitrov Maïstora, apparaît dans un style particulier entre
constructivisme, expressionnisme, art populaire. Cette peinture ne
peut se réduire à son homologue et à la première période de Kazimir
Malévitch. Ses autoportraits sont fascinants, en posant en premier
plan devant des paysages en profondeur. Ce peintre est objet de
grande fierté auprès des natifs. Il est originaire de la région de
Radomir (région frontalière de la Macédoine actuelle). S'en dégage
une personnalité imposante et énigmatique, mystique dans sa présence
qui épie le regard passager. La Bulgarie, il est vrai, est plus
connu pour les chef-d'œuvres iconiques du Moyen Age, où la ferveur
cyrillique et orthodoxe enflammait les cœurs. Pour les admirateurs
d'icônes, un peu plus loin, proche de la basilique marbrée
d'Alexander Nevski (du nom du général russe, qui a libéré les
Bulgares de l'emprise ottomane - 200 000 soldats russes sont morts
pour délivrer les frères bulgares), se trouve un petit marché où
vous pouvez, parmi le bric-à-brac, trouver des icônes faits dans les
règles d'art et certifiées.
De l'autre côté du Jardin public se trouve le Théâtre National Ivan
Vazov, qui fut créé en 1904 par la troupe " Salza i smiah " (" Larme
et rire ") Le Théâtre fut construit en 1906-7 par les architectes
viennois Hemer et Felner dans un style baroque. Si vous retournez
sur le Boulevard Vitosha (équivalent des Champs Elysées de Sofia),
vous pouvez jeter un coup d'œil au musée archéologique qui possède
de véritables trésors des époques thraces. Vous pouvez même décider
d'aller boire un verre au Club du Musée, qui est un des endroits les
plus courus de Sofia. A côté de vestiges thraces dans le jardin
comme à l'intérieur du club le soir, les ravissantes Bulgares
pourront agrémenter le plaisir de votre regard. Si vous poussez plus
loin, vous pouvez découvrir dans les sous-sols comme derrière le
palais présidentiel, vous pouvez découvrir les ruines de Serdica et
notamment l'église St - Georges reconstituée en une rotonde. On a
découvert dans cet édifice restauré cinq couches de peintures
murales. Plus loin encore à côté de la cathédrale St - Sophie, vous
trouverez l'emblème de Sofia, comme aussi les sources minéralogiques
chaudes (conseillées pour les maux d'estomac).
Si vous retournez sur vos pas ou déambulez sur Vitosha Boulevard,
vous pourrez un moment vous enfoncer dans le quartier des libraires
où nous attendent sur un banc le père et fils Slavéikov, Petko
(1827-1898) et Pentcho (1866-1912), deux grands écrivains classiques
bulgares (XVIIIème siècle). De nombreux autres monuments et
découvertes se retrouvent à chaque coin de rue. La vieille ville
fourmille de surprises pour les curieux.
Les véritables trésors de la culture reste les églises et monastères
orthodoxes médiévaux où des iconographies murales rivalisent de
prouesses et de techniques. La plus connue à Sofia conservé dans la
montagne est l'église de Boïana. Cette église se compose de trois
parties qui correspondent à trois périodes de construction. La plus
ancienne remonte au X-XII siècle qui se présente comme une petite
église quadrangulaire cruciforme avec une abside semi-circulaire.
(p. 152) Les fresques murales sont d'une très grande beauté. A 120
km de Sofia dans les hauts Balkans se trouve le plus beau et riche
monastère orthodoxe bulgare, le monastère de Rila dont son
fondateur, le fameux ermite et guérisseur St jean de Rila, est
devenu le saint protecteur du peuple bulgare. Ce monastère a été
fondé au Xème siècle. Il est d'ailleurs inscrit comme patrimoine
UNESCO. Le faste de ce monastère a été préservé du fait de sa
situation dans les montagnes et de son éloignement de toutes les
routes commerçantes à l'époque du joug ottoman (1396-1877).
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