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Un projet culturel pour la reconstruction du Kosovo : 

L'association Patrimoine 
Sans Frontières

è Maison Emin Gjiku, Musée du Kosovo
ancienne maison des invités et musée d'histoire naturelle, Kosovo, novembre 1999

Mai 1999. Alors que les forces armées de la communauté internationale pilonnent ce qui reste de l’Ex-Yougoslavie sous l’égide de l’OTAN, le milieu intellectuel, artistique et culturel tente d’apporter réflexions et réactions en France comme dans de nombreux pays. A l’initiative de Liria Begeja et Angelin Preljocaj, « Une journées pour le Kosovo » est organisée successivement au Forum des Images à Paris et à la Cité du Livre à Aix-en-Provence. Informations, solidarité, débats, interventions artistiques, expositions photographiques s’enchaînent et se croisent pour témoigner, soutenir, expliquer. 

Parmi les structures associées à ces journées se trouve Patrimoine Sans Frontières, association française de défense, d’alerte, mais aussi d’action face aux ravages subis par le patrimoine culturel dans des pays dits à risques : Albanie, Liban, Cameroun, Ex-Yougoslavie ... C’est là une occasion de rappeler le travail exemplaire de PSF, présenté dans un précédent article sur le projet de construction de cases-obus à l’aide de techniques traditionnelles, mené au Cameroun en 1998.

è Maison Emin Gjiku, Musée du Kosovo, Kosovo, novembre 1999  

Fidèles à notre engagement de suivre les structures qui interviennent dans un secteur de l’activité culturelle, nous nous faisons aujourd’hui l’écho d’un projet (malheureusement) d’actualité que PSF est en train de mettre sur pied avec le Musée du Kosovo de Pristina.

Dès le début du conflit, l’association s’interroge sur l’opportunité et les modalités d’une aide qui pourrait être apportée sur place une fois les combats passés. Très vite, nombreux sont ceux parmi les observateurs qui comprennent l’enjeu représenté par l’héritage culturel dans cette guerre. Symboles politiques, religieux, ethniques, tous peuvent être pris en otage par les belligérants. Devant l’étendue du champ d’intervention possible et la confusion née de l’urgence de reconstruire le pays, les responsables de PSF décident de lancer une mission en octobre 1999 afin d’analyser la situation.

è Kula en coupe - Kulla, Kosovo, avril-mai 2000

De nombreuses atteintes portées au patrimoine

Constats, rencontres, discussions. Première remarque, comme un pressentiment qui se confirme : les destructions sont nombreuses et affectent certains éléments de patrimoine importants. En dehors des villes principales de Pristina et Prizren où les ravages sont moins considérables, les localités de Mitrovica, Gjakova, Malisheva ou Pejë ont subi de plein fouet les effets de la guerre. Bien entendu la situation n’est pas uniforme. Des dommages plus ou moins étendus ont été infligés à des monuments isolés ou des ensembles du patrimoine albanais, en ville comme en milieu rural. Les cibles sont rarement anodines. Il s’agit souvent de lieux représentatifs d’une culture tels les moquées, les bazars, ou les témoignages d’un enracinement sur un territoire comme dans le cas des archives et des fonds documentaires. Pour ajouter encore à l’ampleur des coups portés, il faut noter les dégâts causés au patrimoine serbe alors que les forces dirigées depuis Belgrade avaient laissé place à la KFOR. Tout ce qui désigne la religion orthodoxe a pu alors servir l’esprit de vengeance. Actuellement, le patrimoine culturel orthodoxe est sous la protection des forces des Nations Unies.

Au delà de la nécessité d’un toit pour loger sa famille, de biens matériels afin de recommencer un quotidien chaotique, comment PSF peut-elle mettre en place une opération de coopération ? Malgré la place indéniable de la culture au Kosovo, un des ferments du conflit, le besoin d’éducation ou d’aide économique est plus identifiable, plus immédiat. Pourtant, une structure culturelle de première importance dans le pays manifeste le désir d’un soutien sur la base d’un projet déterminé. Il s’agit du Musée du Kosovo.

Crée en 1949, doté de collections qui avoisinent les 25 000 objets dans les domaines de l’archéologie, de l’ethnologie, de l’histoire naturelle, le Musée du Kosovo est aujourd’hui sous tutelle de la Minuk (Mission des Nations Unies pour le Kosovo ndlr). En partie installé dans un ensemble architectural du XVIIIe siècle appelé Maison Emin Gjiku, le Musée se consacre également aux recherches scientifiques en archéologie et plus largement sur le patrimoine culturel. 

Fermé depuis l’éclatement des hostilités, le Musée a survécu tant bien que mal avec ses collections et son personnel, jusqu’à l’arrivée des militaires et civils onusiens. Devant la volonté de l’équipe emmenée par Kemajl Luci, un archéologue pour qui compte avant tout le remise au travail de sa structure, PSF décide de conduire sa seconde mission. Celle-ci se déroule en novembre 1999 avec le soutien de l’ICOM (International Council for Museum) et la participation du Musée national des arts et traditions populaires, après le partenariat du Ministère de la Culture français pour la première mission. Dotée d’une palette de compétences, PSF entreprend une évaluation des besoins afin de répondre aux attentes du Musée. Elles sont nombreuses bien évidemment ! Pauvreté des équipements, collections non accessibles au public, rémunérations aléatoires pour le personnel, etc. 

è Musée du Kosovo, façade, Kosovo, novembre 1999

La détermination pour rouvrir le Musée du Kosovo

L’ambition première de M. Luci est de rouvrir le Musée, et de lui faire retrouver sa place dans le réseau international des structures patrimoniales. Avec le désir, essentiel, de ne pas opérer de distinction entre le patrimoine serbe et albanais. Détail d’importance et qui nourrit les espoirs de reconstruction matérielle, mais aussi culturelle et sociale. 

L’intervention de PSF s’entend sur le long terme et porte à la fois sur les équipements et les échanges, conformément à la demande du Musée. Elle passe tout d’abord par une aide technique et informatique (entre autres logiciels spécialisés en gestion des collections et inventaire). Le Musée demande également à être dynamisé par la réalisation d’un programme muséographique et d’animation culturelle, et de formation des personnels. Enfin, la reprise des activités est synonyme de contributions ponctuelles ou de partenariats avec d’autres musées à l’étranger. Un terrain que PSF connaît bien et où l’association peut mettre à profit contacts et soutiens. La fin du printemps verra ainsi la réouverture de la partie ethnographique du musée après des travaux de réaménagement (électricité, normes de sécurité, etc.). Parallèlement, une exposition photographique sur le patrimoine bâti organisée par l’Institut Municipal des Monuments de Pristina, autre structure en charge du patrimoine culturel, est sur le point d’être lancée dans les locaux de la municipalité avant d’être présentée au sein du Musée.


 
è Maison Emin Gjiku, Musée du Kosovo, ancienne maison des invités, Kosovo, novembre 1999

Mais la coopération avec PSF ne s’arrêtera pas là. Il faut encore créer les supports d’aide à la visite, mettre en place des activités pédagogiques à destination des publics jeunes, faire venir le directeur du Musée en France afin qu’il rencontre ses homologues et tissent des liens personnels, visite des musées de société et d’archéologie en pointe sur la muséographie et les rapports avec les publics. Un rapide aperçu des chantiers qui attendent tous les partenaires du projet. C’est aussi le signe d’une forte volonté d’aller de l’avant, une énergie déployée par la quinzaine de personnes travaillant dans le Musée.

L’avalanche des projets immédiats n’empêchent pas les actions futures de se dessiner. Dans la perspective de ses missions de recherche, le Musée entend rayonner à l’avenir au delà des murs abritant ses collections. La réflexion s’est donc portée sur le travail à entreprendre en faveur du patrimoine de l’habitat du Kosovo. L’exposition photographique en montre les prémices, les destructions en pointent la nécessité. Des opérations de conseil et d’expertise sont envisagées sur la restauration et la préservation du patrimoine dans les villes ou les villages qui en feront la demande. L’UNESCO, l’Ecole d’Architecture de Pristina et l’Institut régional des Monuments ont déjà signalé leur intérêt pour ce type de programmes. Les idées ne manquent pas et même si les moyens sont sans commune mesure avec les ressources, une initiative comme celle de PSF, qui a déjà prouvé l’intelligence de sa démarche d’accompagnement et non de faire « à la place de », démontre la pertinence de sa présence sur un terrain que l’on pourrait croire déserté, orphelin. Car PSF n’est pas seule. Musique, théâtre, cinéma, peu à peu la culture reprend ses droits dans tous les domaines au Kosovo. Culture dont on ne dira jamais assez la place centrale qu’elle occupe dans nos vies.

Gunther Ludwig

Patrimoine Sans Frontières recherche des abonnements gratuits à des revues spécialisées en muséologie, archéologie, ethnologie, et une machine à plans pour les relevés archéologiques.

Contact : PSF 61 Rue François Truffaut 75012 Paris, 
Tel : 01 40 02 05 90.

Photos : PSF

Voir également :

PSF au Cameroun : parce que l'héritage culturel commun en est libre

Patrimoine Sans Frontières : La double identité de Salima

Patrimoine Sans Frontières : Voskopojë, le village fané

Patrimoine Sans Frontières : le site web


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