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Répétitions sur répétitions, l'actrice vedette Myrtle
Gordon, sur le retour de sa gloire séductrice, recule à
l'idée de jouer les amers désastres d'une femme de son
âge. Elle ne peut se mettre dans la “peau” de ce
personnage, alors que son corps est catastrophé par
l'accident d'une de ses fans, jeune femme d'une
vingtaine d'années dans la fleur de l'âge. Hantise de la
vraisemblance, comment une actrice de son renom
peut-elle jouer avec des jeunes premiers qui seraient
ces amants dans la pièce écrite et dédiée à son aura ?
Rien que du quotidien, mais qui prend un tour spécial si
l'on s'adresse au quotidien d'une actrice. Les poncifs
sont haletants autour des facéties de la star. Manière
de traiter l'investissement symbolique et la monnaie
esthétique qui serait toujours en un certain sens
monnaie libidinale et sexuelle, la beauté et le désir
attrapent l'inconstance du regard.
Pourrait-on voir ce spectacle comme une Hedda Gabler de
la maturité, surtout quand on sait que notre metteur en
scène l'a monté avec succès à New York, il y a deux ou
trois ans ? Une actrice patentée pense au suicide d'une
jeune femme qu'elle pourrait pu être dans un autre lieu
à une autre époque ? Dédoublement d'actrice dans le
songe troublant de quelques folies, dédoublement qu'on
retrouve dans le dispositif d'un théâtre dans le théâtre
décalé par rapport à des spectateurs sur scènes, puisque
la pièce s'attarde à la question du jeu et de
l'incarnation. Les acteurs, y compris les régisseurs,
jouent le naturel de l'action filmée dans le cadre d'un
documentaire sur la proue du théâtre. Pas de
distanciation, mais toujours cette furieuse obsession
d'être le personnage d'un spectacle et non de son
histoire. Manière de revisiter l'American School de l'Actor's
studio. La musique est constante dans une esthétique
glacée et de clip qui nous fait tournoyer dans
l'imbroglio du maelström théâtral. Les chaises se
lancent parterre de colère, les mots se veulent des
explications et des arguments pour la simple tâche de la
ressemblance.
Deuxième adaptation de l'univers du cinéaste John
Cassevetes par le metteur en scène flamand et directeur
du Theatre Group Amsterdam, Ivo van Hove, sa
première se penchait sur le mythique Faces. La forme
dramatique est légèrement plaisante, mais il reste
qu'elle reprend ce jeu éculé de la mise en abyme, qui ne
laisse d'être omniprésente. Le flot verbal ne s'arrête
pas, une certaine jubilation se fait sentir à l'écoute
du néerlandais que nos oreilles françaises ont peu
l'habitude d'entendre. La mise en scène est sobre et
s'amuse à s'emmêler dans l'inextricable d'une trame
nécessaire d'un spectacle qui aura lieu et qui,
simultanément, a lieu. Toute la réflexion d'Ivo van Hove
s'attache à cette préfiguration d'un “futur antérieur”.
La caméra est largement illustrative. Le théâtre
représente-t-il le “skandalon”, obstacle obscène, sur
la voie de la “vrai vie”. Cette conciliation concentre
les nœuds coriaces tantôt suspendus tantôt enchevêtrés
de l'énergie crue. On remerciera le Festival Exit pour
avoir invité, les premiers, un metteur en scène dont nul
doute certains directeurs de théâtre parisien
s'arracheront dans le “futur simple”.
Dimitri Jageneau
mars 2006
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