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Pièze ne serait pas un défaut
de prononciation de type latin,
mais proviendrait du grec ancien “piezein”, à savoir comprimer.
Homothétie et dissymétrie dans les
translations de la prise,
le geste frôle l'accaparement. La poussée
claque les touches de l'appui. |
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PIEZE - Unité de pression,
conception de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux,
en collaboration avec Woudi-Tat,
Théâtre de la Bastille, du 24 au 30 avril 2006
à 19h30, dimanche à 15h30, durée du spectacle : 50 mn.
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Sous fond sonore à moins que ce soit sous la carpette,
les corps peuvent-ils s'échanger dans le jeu du semblable ? Se
raccrocher à un autre pour le toiser et lui faire sentir
délibérément l'attache pour épier l'ennui. Les règles sont simples,
le premier qui se laisse porter par l'autre ne doit pas toucher le
sol au risque d'intervertir les rôles et de s'amuser à reconquérir
le lâché prise de la portée. Les spirales électroniques donnent le
ton à ces petits jeux sans conséquence. Le corps s'élance, se jette,
se contorsionne, s'étend dans la souplesse du double. Homothétie et
dissymétrie dans les translations de la prise, le geste frôle
l'accaparement. La poussée claque les touches de l'appui. Petites
parodies de coups shaolins, les corps mettent sur le tapis les
membres, pieds, jambes et têtes à têtes en suspension d'espace. La
combinatoire électronique sur les mailles d'un filet vidéo tend le
souple record de postures hyperphysiques.
Le programme nous annonce la couleur : Pièze ne serait pas un défaut
de prononciation de type latin, mais proviendrait du grec ancien “piezein”, à savoir comprimer. L'imaginaire chorégraphique use
d'ailleurs de la lutte gréco-romaine que les antiques pratiquaient
dans la sève olympienne des jeunes corps vigoureux. Ce duo
chorégraphique est parti d'une improvisation à la Chaufferie
(atelier de Philippe Découflé). Les corps seraient donc des
conducteurs énergétiques qui produisent au gré du contact toutes les
variations de la surface électrique. Mais le dispositif de la
chorégraphie s'articule aussi sur un signal sonore corollaire du
toucher. C'est ainsi que les deux chorégraphes Héla Fattoumi et Eric
Lamoureux se sont eux-mêmes appuyés sur le dispositif interactif mis
en place par Woudi et Isabelle Tat, le “touchemoilophone” qui
transmet le flux électrique et donne son. La composition de ces
petits jeux est donc probabiliste sur la trame d'un canevas
gestique. Mais les références ne s'arrêtent pas là, l'ingéniosité
des chorégraphes s'appuie sur l'homosexualité tolérée des Orientaux
que Gide avait fait connaître dans son roman l'Immoraliste. Cette
chorégraphie n'a l'histoire de rien cette légèreté et cette
fraîcheur dans ce mode classique du duo et invente avec une certaine
malice un regard intriguant et raffiné sur le manque toujours avéré
de l'autre corps, sensualité retenue de la virilité dans sa relation
à elle-même qui se perd et s'amenuise dans un consentement soit de
dépit soit de curieux. La promiscuité intimiste s'accorde à
l'attention amicale.
Dimitri
Jageneau
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